Jusqu’à présent, les religions avaient tendance à qualifier négativement les autres pensées, par des expressions comme
« non chrétien, non croyant, sans religion, indifférent, athée ». Elles ont évolué, trouvant avantage, depuis quelque temps, à dialoguer avec d’autres univers culturels. Elles
reconnaissent de part et d’autre des valeurs communes : des convictions. Un dialogue régulier a pris forme. Après une rencontre précédente en octobre 2007, l’Agora du Conseil de l’Europe
accueillait, le 24 janvier dernier, une journée d’études intitulée : « Espaces et pratiques interconvictionnels ». (Parmi les organisateurs et intervenants : François Becker,
Bernard Quelquejeu, Ignace Berten.)
Le rapprochement de ces trois notions voisines illustre les progrès réalisés : interconfessionnel, interreligieux,
interconvictionnel. Le qualificatif « interconfessionnel » s’applique à des rencontres, des déclarations ou des actions impliquant plusieurs Églises chrétiennes. Il s’agit de
l’œcuménisme au sens strict. L’adjectif « interreligieux » est facile à comprendre, lui aussi. Il s’agit d’initiatives menées en commun par des croyants de différentes religions,
chrétiennes et autres ; dans nos régions, il s’agit surtout des israélites, des musulmans et des bouddhistes, dont les représentants ont pris l’habitude de se concerter pour des déclarations
et des actions communes.
Quant à « interconvictionnel », ce nouveau qualificatif s’applique à des initiatives menées en commun par des
croyants de diverses religions et des personnes déclarant n’adhérer à aucune religion reconnue, mais ayant des convictions philosophiques ou humanistes qu’elles désirent partager avec les adeptes
des religions. La journée du 24 janvier était à la fois internationale, interculturelle et interconvictionnelle. Les participants ont partagé leurs convictions, en vue d’édifier une Europe
plurielle et accueillante, et en s’intéressant à tous les lieux de vie où se forment les mentalités : famille, école, médias, associations.
Ces convergences suffiront-elles à neutraliser les propagandes électoralistes qui relancent bien inutilement le débat sur
les civilisations, avec la prétention que certaines seraient supérieures, et à protéger, dont la nôtre, bien entendu ? La vanité de tels propos apparaît d’autant plus affligeante que les
mentalités ont bien évolué en ce domaine, au point que les anciens colonisateurs ont rendu à leurs peuples d’origine, et avec les honneurs dus, les restes humains et des trophées qu’ils
exhibaient dans leurs musées.
Mieux encore, des rapprochements et des rencontres s’organisent dans nos cités entre membres de communautés voisines, et
parfois à l’initiative d’habitants issus de l’immigration. Ainsi, dans une bourgade au pied du Mont-Sainte Odile, une jeune femme musulmane, de l’association des femmes d’origine turque, conviait
chez elle prêtres, pasteurs et imam pour tisser des liens et abattre les préjugés. Cette petite assemblée devait préparer pour le 25 mars une marche interreligieuse dans les rues de la ville,
ouverte à tous les habitants.
Un tel accord des volontés correspond aux proclamations de la deuxième prière eucharistique pour la réconciliation,
introduite dans notre liturgie par le pape Paul VI, pour le jubilé de 1975 : « Au sein de notre humanité encore désunie et déchirée, nous proclamons que tu es à l’œuvre et que tu es à
l’origine de tout effort vers la paix. Ton Esprit agit au cœur des hommes, pour que les adversaires se tendent la main. » Et cette demande : « Que ton Esprit Saint fasse
disparaître les causes de nos divisions ».
Dieu a-t-il entendu nos prières ? Ou bien serait-ce qu’à force d’adresser à Dieu de telles prières nos mentalités
auront évolué ? En tout cas, dire ces prières eucharistiques en français a une influence certaine sur nos assemblées. Ces paroles, compréhensibles, informent la conscience et les mentalités
de nos communautés. C’est un argument décisif pour ne pas revenir au latin dans la liturgie.
Marcel Metzger
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Jeudi 12 avril 2012
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12
/04
/Avr
/2012
20:38
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