Publié le 16 Septembre 2018

Jusqu’en 1983 la doctrine officielle de l’Église catholique considérait le mariage comme un « remède à la concupiscence ». C’était écrit en toutes lettres en latin dans l’ancien code de droit canonique de 1917 (il y a à peine un siècle !), en vigueur jusqu’à la publication du nouveau code : remedium concupiscentiae. Les commentaires en amélioraient quelque peu la formulation : « La fin secondaire du mariage est l’aide mutuelle des époux et l’apaisement de la concupiscence » (commentaire d’Adrien Cance, Prêtre de Saint-Sulpice, 1946). Comme le mot « concupiscence » a vieilli, il faut l’expliquer : selon le Petit Robert (1993), il s’agit d’un « désir sexuel ardent pour un objet (sic) interdit ou non prévenu ». Or une bonne partie des prêtres impliqués dans cet affreux scandale de la pédophilie ont reçu cet enseignement officiel sur le mariage.

Cela devient consternant, mais aussi révélateur. Jour après jour de nouveaux communiqués de presse informent sur l’étendue de ces pratiques sordides, et laissent apercevoir les racines du mal. Ainsi, mi-septembre on apprenait que le vicaire général d’un diocèse français était inculpé pour « agression sexuelle sur mineurs de plus de 15 ans » et que les faits s’étaient produits pendant des JMJ (selon le quotidien DNA du 14 septembre 2018, rubrique Faits divers). C’est le comble, ou plutôt le sommet : un dignitaire de l’institution, qui profite d’une de ces rencontres présidées par le pape et considérées comme une des occasions les plus favorables à l’évangélisation. La misère sexuelle du clergé est-elle donc si profonde qu’elle cherche sa satisfaction en de telles circonstances ?

En tout cas, l’étendue et la nature même de toutes ces dérives devrait enfin alerter les autorités ecclésiastiques : la misère sexuelle manifeste d’un nombre croissant de prêtres est le signe évident d’une inadaptation de la discipline en vigueur. Reconnaissons d’abord la différence de situation entre les religieux et les prêtres séculiers. Les premiers font vœu de chasteté dans des communautés religieuses, qui sont pour eux le « remède à la concupiscence », offrant à leurs membres un cadre communautaire comme soutien pour leur épanouissement humain et religieux. Les prêtres séculiers par contre ne font pas de vœux, ils sont soumis à la discipline du célibat sans autre secours de l’institution ecclésiastique que des règlements et, depuis la réforme de la Semaine Sainte, un rituel annuel de « Rénovation des promesses sacerdotales » pendant la messe chrismale.

Les conditions de vie et les contextes dans lesquels le célibat a été imposé aux prêtres rendaient ce mode de vie praticable, dans une société ambiante alors dirigée par l’Église : la concupiscence était bridée ! Jusque dans les années 1960/1970, dans nos régions, la plupart des prêtres étaient soutenus par les paroissiens et se trouvaient rarement isolés. Ils étaient suffisamment nombreux pour maintenir des liens réguliers entre eux, par les réunions en doyenné et autres formes de pastorale concertée. Depuis lors, les conditions de vie ont été profondément modifiées. La morale sexuelle catholique ne régit plus la société comme jadis. Loin de là ! La raréfaction des vocations à des ministères exigeant le célibat est un indice évident de ces mutations. Cette discipline du célibat contraint l’institution ecclésiastique à ne recruter que des surhommes, bénéficiant d’un équilibre psychologique hors du commun, comme les recrues des corps d’élite de la police et des pompiers, ou comme les pilotes d’avion et les astronautes. Or ces candidats ne sont pas astreints au célibat, on en recrutera toujours suffisamment dans la société.

Le vicaire général évoqué plus haut était censé appartenir au « corps d’élite » de son diocèse. Il a gravement failli, il y a donc eu erreur de casting dans sa nomination. Mais combien d’autres prêtres de son diocèse auraient-ils pu être nommés à sa place ? Un, deux, ou aucun ? Le casting devient de plus en plus serré. De même pour les évêques, à en juger d’après le nombre d’entre eux actuellement impliqués à divers titres dans ces sandales d’abus sexuels.

Conclusion : dans nos pays les institutions ecclésiastiques catholiques ne sont plus en état de procurer au clergé célibataire les nécessaires « remèdes à la concupiscence ». Puisqu’aux laïcs on recommandait le mariage pour tenir lieu d’un tel « remède », la conclusion est évidente.

Marcel Metzger

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Rédigé par jonasalsace

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Publié le 11 Septembre 2018

 

Au mois d’août, un vendredi après-midi, je fus appelé au téléphone par des paroissiens de la localité voisine, qui me demandaient si je pouvais assurer la célébration d’un mariage le lendemain dans leur église, pour remplacer leur curé, admis inopinément à l’hôpital. Je suis un enseignant retraité de la Faculté de théologie, mais je continue à assurer le service paroissial dans un petit village. Je répondis positivement à la demande qui m’était faite, quitte à bouleverser le programme que j’avais prévu. Je ne voulais pas laisser plus longtemps dans l’incertitude ces paroissiens dévoués, qui avaient déjà sollicité sans succès plusieurs autres confrères. Je ne voulais pas davantage priver de leur célébration ce jeune couple, que je ne connaissais pas, et qui avait tout préparé pour ce jour.

Le dimanche suivant, dans l’après-midi, je fus appelé à célébrer l’onction des malades pour une mourante, dans l’hôpital d’une autre localité voisine. La personne chargée de l’aumônerie avait sollicité plusieurs autres confrères, mais ils étaient tous absents, participant à l’installation d’un des leurs, nommé curé dans une autre paroisse. Je ne connaissais pas la malade en détresse, ni les membres de sa famille réunis près d’elle.

Telles sont actuellement les urgences pastorales dans notre Église paralysée dans sa gestion des ministères. Qu’en sera-t-il dans dix et vingt ans, lorsque le nombre de prêtres disponibles sera encore plus réduit ? Pourtant l’épiscopat français admet que des laïcs assurent la célébration des funérailles. Il tolère aussi que des laïcs animent des célébrations dominicales de la Parole, à condition qu’ils vénèrent le siège du prêtre en évitant d’y prendre place et qu’ils ne distribuent pas la communion, malgré les instructions du Rituel de l’eucharistie en dehors de la messe, document romain traduit et réédité en France en 1996.

Puisque ledit « sacerdoce ministériel » n’est plus capable d’assurer toutes les missions que la hiérarchie lui réserve, que le sacerdoce des baptisés prenne donc la relève ! Pour l’onction des malades, la demande en est faite depuis des années, mais cette mission est même refusée aux diacres. La situation devient pastoralement aberrante. En effet, comme dans le cas évoqué plus haut, les équipes d’aumônerie, proches des malades, sont obligées d’appeler des prêtres extérieurs, souvent après plusieurs échecs au téléphone, et donc des prêtres qui ne connaissent pas le malade et qui, de ce fait, se trouvent presque dans la situation du « mercenaire » par rapport au Bon Pasteur (Jn 10,12). Or pendant le premier millénaire en Occident les fidèles emportaient chez eux l’huile des malades bénie par l’évêque et pratiquaient eux-mêmes les onctions, comme les disciples (Mc 6,13 ; Jc 5,14) et comme le bon Samaritain (Lc 10,34), voire avec imposition des mains (Mc 16,18). Cette mainmise des prêtres sur l’onction des malades est bel et bien un effet du cléricalisme qui s’est propagé dans l’Église latine au cours du deuxième millénaire, clairement signifié dans l’actuel droit canonique (can. 1003, § 1) : « Tout prêtre, et seul le prêtre administre validement l’onction des malades ». Mais en quoi consiste ici la validité d’un geste signifiant la tendresse divine ?

Quant au mariage, selon le droit canonique (can. 1112) et le rituel romain de 1991 (n° 118-151) des laïcs peuvent être délégués pour présider la célébration (ils sont qualifiés par le terme de assistens dans le rituel). Mais il faut au préalable un avis favorable de la Conférence épiscopale et l’autorisation du Saint-Siège. Or l’urgence est là. Qu’on fasse donc comme pour les funérailles, en mettant en place des équipes paroissiales pour assurer ces ministères.

En conclusion, deux perles. 1. Le quotidien La Croix du 9 mars 2018 (p. 15) avait informé sur l’hospitalisation de l’évêque de Soissons pour une pneumonie, en signalant que l’équipe d’aumônerie d’hôpital lui apportait la communion chaque jour. Je suppose que c’était selon le Rituel de l’eucharistie en dehors de la messe, avec une liturgie de la Parole. Pour un évêque, la communion ne pose pas de problème, sans doute parce qu’il ne risque pas de confondre cette célébration avec une messe !

2. Dans le catéchisme des JMJ, le Youcat, figure en marge de la p. 124, cette parole du curé d’Ars : « Ne pas communier, c’est comme mourir de soif près d’une source ». Mais un siècle et demi plus tard, les hauts responsables de la pastorale organisent par défaut l’extinction de leur peuple en l’affamant.

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Rédigé par jonasalsace

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