Le testament du cardinal Martini

Publié le 24 Novembre 2012

Quelques réflexions, publiées dans Ami/Hebdo 7 octobre 2012

Le testament du cardinal Martini

 

Peu avant sa mort, le cardinal Martini, ancien archevêque de Milan (1980-2002), avait accordé un entretien à un journal italien. Ses propos sont prophétiques et peuvent raviver l’espérance dans les rangs catholiques.

Une traduction de cet entretien du cardinal Martini a paru dans plusieurs publications françaises, dont La Croix et La Vie, début septembre. Un des propos les plus encourageants concerne la situation des divorcés remariés. Il mérite d’être largement diffusé : « Les sacrements ne sont pas un instrument de discipline, mais une aide pour les fidèles dans les étapes de leur chemin et dans les faiblesses de leur vie. Donnons-nous les sacrements aux personnes qui ont besoin d’une nouvelle force ? Je pense à tous les divorcés et aux couples remariés. Ils ont besoin d’une protection spéciale. Certes, l’Église soutient l’indissolubilité du mariage. C’est une grâce quand un mariage et une famille réussissent. Mais l’attitude que nous adoptons envers les familles élargies déterminera le rapprochement des générations des enfants actuels vers l’Église. »

 

Les familles recomposées

Le cardinal commente alors une situation de plus en plus répandue : « Une femme a été abandonnée par son mari et trouve un nouveau compagnon qui s’occupe d’elle et de ses trois enfants. Le second amour est une réussite. Si cette famille est discriminée dans l’Église, ce n’est pas seulement la mère qui en subit les conséquences, mais aussi les enfants. Si les parents se sentent étrangers à l’Église ou n’en ressentent pas le soutien, l’Église perdra la génération future. Voilà pourquoi la question de savoir si les divorcés peuvent communier doit être retournée : comment l’Église peut-elle venir en aide avec la force des sacrements à ceux qui vivent des situations familiales compliquées ? »

 

L’appel d’un prophète

« L’Église est en retard de deux cents ans », concluait le cardinal. « Aurions-nous peur ? Peur au lieu de courage ? » Or, il y a cinquante ans, le pape Jean XXIII avait, lui aussi, pris conscience d’un tel retard et convoqué le concile Vatican II pour procéder à un « aggiornamento », une mise à jour. Il s’agissait alors de rattraper les quatre siècles d’immobilisme qui avaient suivi le concile de Trente, sans compter le siècle figé par le premier concile du Vatican. Mais à peine vingt ans après le concile Vatican II, on décelait déjà des « marches arrière », provoquées en grande partie par la complaisance envers les milieux lefèbvristes et la libéralisation du prétendu rite extraordinaire de la messe. Faisons le décompte : les deux cents ans dont parle le cardinal nous reportent en France à la Restauration qui a suivi la Révolution et le Premier Empire ! Merci au cardinal Martini pour ce cri, comparable aux proclamations des prophètes. Merci pour cet humanisme, inspiré par la contemplation du Christ et auquel on n’accède que par la fréquentation assidue des Écritures, comme l’avait pratiquée le cardinal Martini.

 

Marcel Metzger

Rédigé par jonasalsace

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