Les pieds dans le bénitier

Publié le 26 Novembre 2010

                               Les pieds dans le bénitier

                                                                  Anne Soupa et Christine Pedotti

 lespiedsdanslebenitier

Comme plusieurs d'entre nous, j'ai eu beaucoup de plaisir à entendre la conférence d'Anne Soupa le 18  octobre au centre Mounier à Strasbourg. Les analyses qu'elle a développées n'étaient certes pas  nouvelles pour nous mais sa force de conviction, son dynamisme, sa détermination à ce que les choses bougent ont certainement conquis une grande partie du public. J'ai donc profité de la librairie présente au rassemblement des Réseaux du Parvis pour acheter le livre qu'elle cosigne avec Christine Pedotti, les pieds dans le bénitier.


J'y ai retrouvé, formulées avec vigueur et sans langue de bois, leurs réflexions sur la situation faite a ux laïcs, et singulièrement aux femmes, dans l'église catholique. Le chapitre 2, « soutane rouge et jupons blancs », recèle quelques formules décapantes qui font du bien : « Comme les esclaves à Rome autrefois, les femmes font tout. Le ménage, les fleurs, les chants, le catéchisme, les formations bibliques, les visites aux malades, les doctorats de théologie. Elles font tout sauf décider. » (p. 44) ; ou encore p. 49 la magnifique tirade sur le « petit club » du Vatican, trop longue   pour être citée ici intégralement mais qui vibre d'une juste et sainte colère !

Bref, des critiques claires et fermes, une argumentation étayée, par exemple sur la question du différentialisme et de la complémentarité, « c'est la femme qui est complémentaire de l'homme, jamais l'inverse » (p.41). 


Parallèlement à cette démonstration, les auteures racontent et expliquent leur cheminement, du Comité de la Jupe à la Conférence Catholique des Baptisé(e)s de France. Si on peut regretter, comme je le fais avec d'autres, que la spécificité du sort fait aux femmes se soit trop vite dissoute dans la question de la responsabilité des baptisés, il n'en reste pas moins que ces deux femmes-là agissent avec une belle énergie et des compétences certaines en communication ! Mais quand même, on peut s'interroger sur leur certitude qu'il est possible de faire changer les choses de l'intérieur et, qui plus est, sans contester a priori les règles de fonctionnement actuelles. Elles s'adressent ainsi à celles et  ceux qui souhaitent les rejoindre à la CCBF et à qui elles demandent d’exprimer « 100 idées à mettre en actes » :  « Afin que les idées que vous allez avoir, ou que vous avez déjà, puissent être immédiatement suivies d'effet, nous vous demandons d'accepter de vous situer dans les règles actuelles de l'Église catholique : discipline du célibat masculin pour les prêtres, non-admission des divorcés remariés à la communion eucharistique, gouvernement central du Vatican... » (p. 231). Là, sincèrement, j’ai du mal à suivre, tout simplement parce que, avec beaucoup d'autres, nous n'en sommes plus là !


Et il faut bien alors en arriver à ce qui, à mes yeux, affaiblit grandement la portée de cet ouvrage : on n'y trouve aucune référence, aucune allusion ou presque à tous les groupes, mouvements, associations, qui depuis longtemps ont dit ces choses-là et qui ont pris leurs responsabilités, parfois leurs risques, en affirmant leurs convictions haut et fort, de l'intérieur, du seuil... ou des parvis. A moins que tout cela ne soit résumé p. 142 « Nous pouvons, encore et encore, user nos poings jusqu'au sang sur les portes de bronze du système romain actuel, d'autres avant nous s'y sont essayés, en pure perte. Que leur expérience serve au moins à épargner nos forces ! »...ou encore p. 162 : « Lorsque le peuple catholique s'est échiné à se faire entendre, haut et clair, dans tous les synodes, dans toutes les marches, dans des requêtes multiples et diverses, dans tous les livres blancs possibles, depuis les années soixante-dix, quand il a imploré plus ardemment encore que l'importun de l'Évangile à qui Jésus lui-même dit qu'on doit céder, qu'est-il advenu ? Rien, les portes de bronze sont restées closes. »

On a le sentiment qu'avant elles, rien de sérieux ou de crédible n'a été dit ou fait pour faire bouger l'église catholique ou du moins que ce qui a été fait n'a été que de l'ordre des doléances, des suppliques, attitudes qu'elles considèrent, à juste titre, comme infantilisantes. Mais que font-elles des apports si riches des mouvements d'action catholique, des théologiens de la libération et de tant de communautés, y compris paroissiales, qui ont fait avancer tranquillement les choses ? Par exemple, dans de très nombreuses paroisse ou autres communautés, l'amitié fraternelle et la conviction que « nous ne sommes pas les comptables de l'amour de Dieu » (dixit un ami prêtre) ont amené des responsables, prêtres et laïcs, à transgresser sereinement la loi de la non-admission des divorcés remariés au partage eucharistique.


Nous savons à quel point, dans les années 80 et 90 du XXième siècle, des hommes et des femmes ont réellement pris leurs responsabilités dans leurs communautés chrétiennes, à quel point ils/elles ont su être adultes dans leur foi... malgré la remise en ordre impulsée par le Vatican et ses satellites, légionnaires et autres fers de lance de la soi-disant tradition. Non, nous ne nous sommes pas contenté(e)s de quémander, nous avons agi et nous agissons encore ! Sur le seul plan des célébrations, j’aurais bien aimé qu’Anne Soupa et Christine Pedotti partagent la nôtre à Sélestat le 17 octobre, elles y auraient vu que nous savons d’être « majeurs dans la foi », sans crainte… mais peut-être trop discrètement.


De la même manière, je suis très étonnée de ne trouver dans ce livre aucune bibliographie, donc pratiquement aucune référence à des auteurs, théologiens ou non, qui accompagnent depuis longtemps ces « cathos progressistes » (ou réformateurs ?) que nous sommes : Hans Küng est cité une fois, ainsi qu'Albert Rouet, c'est bien peu ! Il ne manque pourtant pas d’ouvrages essentiels qui ont mis en mots justes nos préoccupations et nous ont ouvert de nouveaux horizons. Et où sont aussi les penseurs des autres confessions, chrétiennes ou non, dont le regard sur le catholicisme nous est si précieux ? Il est pourtant certain, compte tenu des parcours de Christine Pedotti et Anne Soupa, qu'elles ont lu, et même beaucoup ! Et pourtant leur livre pourrait faire croire qu'elles sont les seules à développer une réflexion sur cette question, ce qui, j'en suis sûre, n'est pas leur intention.

Bref, sans vouloir trop vite généraliser, il me semble que ce que j'ai lu confirme ce qui nous a gênés lors de la création de la CCBF, à l'occasion de la marche du 11 octobre 2009. Nous avions compris que nous ne pouvions y participer qu'en tant que personnes individuelles, pas en tant que groupes ou communautés constitués. Toujours cette impression d'une volonté de faire table rase...


Alors ? Puisque nous sommes invités par le message d'Espérance des Réseaux du Parvis, à « porter à la lumière ce qui est en train de naître », je souhaite que mes réflexions ne soient pas perçues comme un jugement, mais comme un éclairage. Le choix de la CCBF de se situer résolument dans l'église catholique est légitime, je me réjouirai avec beaucoup d'autres de tout ce qu'elle pourra faire avancer concrètement pour que l'Évangile soit mieux annoncé par les catholiques, mais je suis certaine que cela implique aussi un travail en contact permanent avec tous les autres acteurs (et penseurs) de ce renouveau si nécessaire. Nous avons compris et expérimenté sur les Parvis l'exigence et la richesse de ces rencontres qui permettent de construire ensemble sans viser une fusion illusoire.


Et en tout cas, merci à Anne Soupa et Christine Pedotti d'ouvrir ainsi une nouvelle porte dans la citadelle Église : plus il y a de portes ouvertes, plus il y a de courants d’air et plus le Vent pourra souffler, du parvis au chœur !

 

Marie-Anne Jehl

 

 

Rédigé par jonasalsace

Publié dans #Livres

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Alice Damay-Gouin 03/02/2011 10:51



Je viens de découvrir votre site et votre commentaire sur "les pieds dans le bénitier" et j'apprécie votre critique qui me paraît très juste. J'ai participé à la marche du 10 octobre et je
dis"Bienheuse la mouche qui a piqué Anne lors des propos du cardinal Vingt-Trois! mais maintenant quelle mouche nous pique???" Elle a du s'endormir, dommage!  voir commentaire sur Ccbf.
Comment découvrir facilement votre site? Amitiés Alice



Alain B 08/12/2010 00:32



Catholique en grec signifie universel. Il me semble, qu'ayant la chance de n'être rien (état laîque à quoi on réduit les prêtres indignes) nous pouvons être tout, je veux dire accepter tous les
chrétiens, cathos ou pas, tradis ou pas. Personne ne me gène en qui je reconnais du christianisme. La question devient alors celle d'une organisation éventuelle, rassemblement des chrétiens de
France, etc...pour couvrir tout le champ de ceux qui se réfèrent au Christ et au Christianisme, sans demander de présenter patte blanche ou une carte officielle. Oui ou non, avons-nous tous
quelque chose en commun? Si on attend de penser tous la même chose, cela n'arrivera qu'à la fin des temps. Il n'y a pas deux théologiens qui aient la même intelligence de la Trinité, ou alors
c'est du savoir abstrait, des mots, du matérialisme verbal, sans véritable intelligence de la relation à l'intérieur de l'Unique Amour entre Notre Père, Jésus et le Saint-Esprit. Bon courage à
vous tous!_Il s'agirait d'un mouvement qui n'entrerait en concurrence avec personne, ne se situerait donc ni sur un plan confessionnel (Eglises), ni sur un plan politique (parti politique), mais
sur un plan spécifiquement "chrétien", seule référence._____________



Fred 06/12/2010 13:39



Étant catholique pratiquant, non traditionaliste et encore moins progressiste la seule chose qui me donne confiance dans mon Église et qui me donne une espérance qu’on en ferra pas un pion de
plus dans le monde  c’est qu’il n’existe pas de contre-pouvoir dans l’Église et que rien ne permettra aux laïcs (que je suis
) d’accéder  au pouvoir décisionnaire  .La CCBF se battra, criera comme les autres l’ont fait avant eux, et ils s’épuiseront, mais rien ne changera ou du moins rien de ce
qu’ils désirent n’arrivera …alors un autre mouvement naîtra.


Elles auront le mérite par leur livre de créer un esprit de contestation et de division qui ne sera probablement jamais satisfait et qui conduira inévitablement à un schisme silencieux de
certains. L'Église n'est pas une démocratie où les laïcs sanctionneraient par les urnes le pape et les évêques il n'existe pas un contre-pouvoir dans l'Église or ce livre d'une rare violence
verbale  donne l'impression qu'il y a un sentiment d'injustice  et qu'il faut donc lutter pour changer des choses  , pourtant elles savaient
bien qu' il n'existe pas de moyen de lutter dans l'Église , il y a ni syndicalisme ,ni élection ,le seul moyen c'est la prière et le dialogue humble .On aide jamais l'Église en l'affrontant de
face ça ne sert à rien  (Luther ,Calvin , le gallicanisme , le lefebvrisme ,…en savent quelque chose ),on aide mieux l'Église en explicitant
mieux son message aux près de ce qui ont du mal à le comprendre ou alors en lui présentant humblement leur supplication sans rien n'exiger d'elle .


Je m'excuse d'être aussi franc, mais c'est l'impression que ce
livre m'a laissée