Publié le 30 Octobre 2010

 

Le christianisme face à une suprématie inédite de l’argent

 

Version brève

 

Il y a deux niveaux de lecture  pour appréhender l’évolution sociale et religieuse : celui des tendances lourdes déterminées par les structures et les idéologies dominantes, et celui de l’expérience individuelle propre à chacun. Les observations intervenant à ces deux niveaux ne coïncident pas forcément : l’analyse sociologique que nous ferons ce soir oblige à constater que le monde va assez mal et que l’Église ne va guère mieux, alors que notre vécu subjectif peut éventuellement nous paraître plus positif. J’ajouterai que le diagnostic du sociologue, qui porte sur le système social, ne comporte pas de jugement sur les personnes.

1. L’impasse de l’évolution actuelle

1.1. L’ambivalence du progrès

Le progrès est en soi bénéfique. Expression de la créativité humaine, il a affranchi l’homme de lourdes contraintes naturelles, lui a permis de diversifier et d’élargir son organisation sociale, ne cesse de l’enrichir aux plans intellectuel, spirituel et artistique. Héritier d’une conception optimiste du progrès issue du judaïsme, de la philosophie des Grecs et des Lumières, l’Occident croit que les acquis de sa civilisation ont une valeur absolue et universelle, et qu’ils ouvrent sur une évolution à la fois généralisable et illimitée. C’est tout juste si l’optimisme rationaliste qui proclame une humanité en progression constante a été ébranlé par les deux guerres mondiales et par le fiasco du communisme.

Nous continuons de croire que tous les peuples de la terre ont vocation à améliorer indéfiniment leurs niveaux de consommation grâce à un accroissement continu de la production. Et de fait, l’humanité entière aspire à jouir des biens modernes, et la croissance de la production apparaît comme le « sésame ouvre-toi » de l’abondance convoitée. Pionnier d’un monde nouveau, l’homme veut désormais assurer le salut de l’humanité par les biens qu’il produit, et l’Occident s’emploie à propager cette vision – par idéalisme pour une part, et pour renforcer son emprise commerciale et idéologique d’autre part. Mais cette vision est-elle réaliste, ou ne s’agit-il que d’un leurre qui occulte la manière dont fonctionne effectivement notre système social ?

L’histoire nous enseigne que la voie du progrès n’est pas un long fleuve tranquille, que toute évolution est ambiguë et charrie des conséquences contraires. Le progrès engendre à peu près autant de nouveaux problèmes que les anciens problèmes qu’il permet de résoudre, et de plus grands parfois. Ce n’est pas sans dommages d’ordre social et écologique que l’intensification de l’agriculture décuple la productivité, et le pire est possible comme le meilleur avec l’atome. Loin d’être aussi idyllique que le suggère l’ultralibéralisme économique, le progrès et la croissance s’accompagnent de nuisances, de pénuries, de tensions et de conflits.

Le monde n’a jamais été aussi riche qu’à présent au plan économique, mais il n’a jamais compté autant de personnes défavorisées. Il n’a jamais été aussi puissant au plan technique, et en même temps aussi incertain de pouvoir contrôler les conséquences de ses innovations dans ce domaine. Il n’a jamais été aussi savant au plan scientifique, et aussi dépourvu de connaissances transversales susceptibles de donner du sens à la vie. Il n’a jamais été aussi unifié, et aussi profondément déchiré. Et ces contradictions sont d’autant plus inquiétantes que le progrès matériel ne s’accompagne pas d’un progrès équivalent au plan moral.

En réalité, l’idée d’une croissance généralisable et illimitée ne constitue qu’un fantasme. L’écologie nous enseigne que les ressources dont nous disposons sont limitées, or notre économie s’apparente à la rapine, détruisant les bases mêmes de la vie. Elle pille les ressources en bafouant la justice et en méprisant l’avenir : sans se soucier des plus démunis, des générations futures et de la nature qui est notre berceau et notre maison commune. Les énergies fossiles, les produits miniers, l’eau, et l’ensemble des matières premières, y compris les productions agricoles, sont largement dilapidées. La pollution de l’air, de la terre et des océans est telle qu’elle menace la survie de la planète : les écosystèmes sont fragiles et la biosphère enregistre d’ores et déjà des destructions irréversibles.

1.2. Une mutation de l’argent génératrice d’iniquité

Cette économie prédatrice est portée par l’obsession de maximiser les profits. Alors que l’argent a remarquablement servi l’humanité pendant plus de deux millénaires, favorisant les échanges de biens et d’idées, il se transforme aujourd’hui en un instrument d’asservissement à l’échelle de la planète. La finance est devenue une force anonyme et aveugle qui échappe à tout contrôle. Elle congédie toute forme de transcendance pour devenir l’ultime maître de l’humanité, coiffant les instances politiques, morales et religieuses, et instaurant ainsi une forme de suprématie inédite dans l’histoire humaine. Ce n’est plus l’homme qui définit et utilise l’argent, c’est l’argent qui définit et utilise l’homme, qui fixe sa valeur et lui dicte ses comportements.

L’ensemble des activités est passé sous l’empire de l’argent : la production et le commerce des biens et des services, la vie politique (coût des campagnes électorales et corruption), les alliances et les guerres (influence des complexes pétrochimiques et militaro-industriels), l’urbanisation (concentration de la main d’œuvre et du marché), les transferts planifiés de populations et les migrations de travail, la recherche technologique et scientifique, l’école et la santé, les loisirs, et même les valeurs culturelles, morales et spirituelles. Cette évolution conduit à une véritable mutation de la société, voire de l’humanité elle-même.

L’économie réelle, celle des entreprises qui produisent les richesses dont vivent les hommes, est vampirisée par les spéculations financières d’une économie virtuelle qui ne vise que le profit à la faveur de manipulations souvent frauduleuses (subprimes et paradis fiscaux, cf. Joseph Stiglitz : « Le triomphe de la cupidité »). Les gains sont privatisés au profit des riches et les pertes sont socialisées au détriment des pauvres. Le monde se réorganise de fond en comble au service de l’argent sous la bannière de la liberté et de la démocratie, la liberté étant réduite au libre-échange (sophisme du « renard libre dans le poulailler libre ») et la démocratie étant dévoyée par des manipulations financières et médiatiques.

Dans ce contexte, le progrès devient structurellement générateur d’inégalité et d’injustice. Plus que jamais, l’argent se multiplie entre les mains de ceux qui le possèdent, en sorte que les riches deviennent de plus en plus riches, et les pauvres de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux. On est loin de la fameuse « main invisible » d’Adam Smith, censée réguler l’économie de marché au bénéfice de tous, riches et pauvres confondus.

Trustée par les lobbies financiers, une propagande puissante conditionne systématiquement l’opinion et entretient une idéologie totalitaire de la croissance présentée comme incontournable, fondement de la pensée désormais unique (cf. Herbert Marcuse : « L’homme unidimensionnel », Viviane Forrester : « L’horreur économique »). Même les catégories sociales les plus pauvres sont prisonnières de ce système qui réussit à les rallier en façonnant par la publicité leurs aspirations individuelles en fonction des besoins du marché, en dissolvant leurs facultés critiques et leur capacité de contestation.

***

Cette évolution se révèle de plus en plus grave dans les pays du Nord, mais elle se répercute de façon particulièrement dramatique dans les pays du Sud. Grâce à ce qu’on appelle abusivement le « développement », ces pays comptent désormais des bourgeoisies nationales prospères qui vivent des affaires et de la politique, en relation étroite avec les milieux occidentaux qui les ont fabriquées et qui les soutiennent au bénéfice des intérêts du Nord. Les nouveaux riches se regroupent dans des quartiers plaisants, à l’abri des pauvres et dûment gardés (insécurité oblige), à proximité de grands commerces bien achalandés, avec d’immenses antennes paraboliques sur les toits des villas pour vivre au diapason de l’Occident. Leurs enfants sont scolarisés dans les meilleures écoles privées. Leurs malades sont soignés dans des cliniques pareillement privées.

Tandis que l’ancienne classe moyenne des pays du Sud a été laminée par les politiques d’ajustement structurel, les bidonvilles des mégapoles en expansion constante s’enfoncent dans une misère matérielle et morale sans rapport avec la pauvreté qui était traditionnellement bien assumée dans ces sociétés. Les quartiers périphériques grouillent de gens qui survivent d’une économie souterraine de misère – exploitation des ordures, prostitution (aggravée par le tourisme), drogue, trafics divers et banditisme. La menace des révoltes de la faim est constante dans les ghettos livrés à leur sort, le long d’égouts à ciel ouvert bien souvent, sans eau courante ni électricité quand les services publics ont été privatisés pour desservir les quartiers solvables, sans écoles et sans postes de santé convenables.

Quant aux populations rurales que l’on pourrait croire épargnées, elles se désagrègent et se paupérisent au contact de l’économie de marché et des modes de vie urbains. L’agriculture de subsistance s’effondre, bousculée par l’introduction de techniques nouvelles et coûteuses qui sont inaccessibles aux cultivateurs démunis (intrants, mécanisation), concurrencée par des investissements extérieurs (plantations industrielles, périmètres irrigués), par des importations à bas prix de produits subventionnés dans les pays avancés (céréales, poulets), et ruinée par les fluctuations des cours mondiaux des productions de rente (café, cacao, arachide, coton). Expulsés du système de production traditionnel, les ruraux pauvres refluent vers les villes où ils ne trouvent pas d’emplois, ou seulement des emplois occasionnels mal rémunérés.

Une partie de ces déracinés et miséreux, attirés par les images alléchantes que déversent nos satellites et notre publicité, migreront vers nos eldorados – dans les conditions et pour le sort que nous savons.

1.3. Un cercle vicieux qui engendre la violence

Non seulement injustes, ces inégalités sont chargées des pires dangers. Les richesses disponibles étant toujours et partout en quantité limitée, les minorités privilégiées ne peuvent sauvegarder leurs avantages qu’en maintenant la masse des pauvres dans leur état. L’exclusion des défavorisés s’avère ainsi structurellement nécessaire à la survie de l’ordre établi. Mais, profondément frustrés, les pauvres finissent inévitablement par transformer leur amertume en haine. C’est là et non pas dans telle civilisation, telle religion, ou telle race, que s’enracinent les révoltes et le terrorisme qui ensanglantent le monde, en marge des guerres que se livrent les riches par pauvres interposés pour leurs propres intérêts.

La violence appelant la violence, il s’instaure un cycle infernal qui détruit ceux qui imposent la violence en même temps que ceux qui la subissent. La répression de la révolte des démunis suscite de nouvelles révoltes, et le terrorisme d’État alimente le terrorisme des exclus – servant la stratégie des extrémistes de part et d’autre. Pour sortir de ce cycle infernal, il ne suffit pas de sévir de plus en plus fort comme cela est généralement préconisé par les pouvoirs dominants, mais il faut d’urgence soigner en profondeur la plaie qui est à l’origine des conflits – à savoir l’iniquité. La répression seule ne peut qu’envenimer cette plaie, accroître la haine et la brutalité, et gangrener les sociétés qui s’y livrent.

Personne ne sait où mènera cette fuite en avant qui emporte le monde. Grosso modo, quatre sortes de morts nous guettent : la perte des valeurs constitutives de l’homme sous l’effet de la marchandisation, l’étouffement par la pollution qu’entraîne le productivisme, un accident d’ordre technologique, biologique ou nucléaire par exemple, ou une initiative criminelle du genre terrorisme chimique, bactériologique ou atomique. Il y a eu d’autres crises, mais ces menaces qui sont sans précédent en raison des sauts technologiques qui ont entraîné une contraction de l’espace géopolitique, une accélération de l’histoire, et l’accumulation d’un gigantesque potentiel de destruction. Rien n’est perdu, mais c’est David contre Goliath.

2. Les Églises face à l’injustice de l’ordre établi

2.1. Ce que disent et ce que font les Églises pour les pauvres

Les Églises ont de tout temps défendu les faibles et des pauvres, et stigmatisé les mauvais riches. Cette position est ancrée dans trois convictions fondatrices issues de la Bible. D’une part, les richesses de la création constituent un bien commun de l’humanité avant d’appartenir à qui que ce soit (personnes, nations ou consortiums). Ensuite, toute personne doit être traitée en tant qu’être créé à l’image de Dieu et habité par lui, et tous les hommes sont de ce fait appelés à se considérer comme des frères. Enfin, à travers le Christ, Dieu s’est préférentiellement identifié aux victimes de l’injustice, Jésus allant jusqu’à retenir comme ultime critère du Jugement dernier le comportement adopté à l’égard des malheureux.

Joignant les actes aux positions doctrinales, les Églises ont créé d’admirables œuvres caritatives, hospitalières et scolaires. Les fondations sociales du grand patronat chrétien d’autrefois devaient, en principe, s’inscrire dans la même tradition de charité et de promotion humaine. Et aujourd’hui encore, les Églises assurent des secours aux plus démunis, intervenant en faveur des chômeurs, des sans-logis, des immigrés, des sans-papiers, et de bien d’autres catégories d’exclus. Partout dans le monde, elles soutiennent des initiatives de charité ou de développement.

Face au capitalisme, les Églises ont toujours rappelé la primauté de l’homme sur l’argent, affirmant que le respect de l’inaliénable dignité humaine et le respect de la justice sociale s’imposent partout et toujours sans exception aucune. La recherche du profit ne peut jamais justifier le mépris et l’assujettissement des plus faibles. Face aux politiques de domination coloniale, les Églises ont davantage hésité : elles n’ont pris conscience de l’injustice infligée aux pays exploités et opprimés qu‘après avoir plus ou moins pris part à l’esclavagisme, aux conquêtes et aux répressions coloniales sous couvert d’évangélisation, de propagation de la civilisation occidentale ou de lutte contre le communisme ; mais cette page est tournée.

Pourquoi ces déclarations et ces actions des plus louables n’ont-elles pas eu, et n’ont-elles toujours pas plus d’impact ? Pourquoi tant de militants qui doivent leur générosité et leurs convictions sociales ou politiques au christianisme se sont-ils éloignés des Églises, jusqu’à les combattre parfois ?

2.2. La lourde hypothèque d’une collusion politique

L’alliance de l’Église avec l’empire romain, sous Constantin, a représenté un des événements les plus décisifs de l’histoire du christianisme, et peut-être un des plus regrettables. La collusion scellée alors avec les pouvoirs dominants n’a pas cessé d’être reconduite jusqu’à présent, en dépit des condamnations dont les agissements de ces pouvoirs ont pu faire l’objet à l’occasion. Même là où les Églises sont devenues pauvres, elles restent généralement perçues comme ayant partie liée avec ces pouvoirs. C’est en effet en se fondant sur les biens, le prestige et l’influence acquis dans le passé que les Églises se maintiennent le plus souvent.

Il en découle de graves contradictions. Alors que les Églises préconisent la pauvreté, elles prétendent devoir disposer de biens importants pour célébrer la gloire de Dieu –  que de sanctuaires ont été érigés au prix des larmes, du pain et du sang des indigents ! Pour aider les pauvres comme pour propager la foi, pour financer leurs œuvres caritatives et missionnaires, les Églises ont toujours estimé devoir s’allier aux riches afin de bénéficier de leurs dons. Elles condamnent les stratégies de pouvoir, mais n’ont jamais cessé et ne cessent pas d’y recourir, privilégiant leur honorabilité aux yeux des puissants et les avantages qui s’y rattachent. Enfin, les Églises se préoccupent bien plus de leur survie institutionnelle que d’incarner le message subversif qui est leur première raison d’être. Somme toute, les Églises sont disposées à intervenir en faveur des pauvres par des discours et en exerçant la charité, mais elles s’abstiennent avec circonspection d’épouser effectivement leur cause face aux pouvoirs dominants.

Les exemples illustrant ces contradictions abondent. Bien que inspirées par les meilleures intentions, les fondations charitables d’autrefois devaient aussi servir la bonne conscience, la gloire et les intérêts des donateurs, et elles ne restituaient aux indigents qu’une part minime des revenus dont ils étaient spoliés par ailleurs, la charité faite aux ouvriers s’exerçant souvent avec l’argent prélevé sur leurs salaires. Que d’écoles et de cliniques confessionnelles fondées pour les pauvres se sont converties au service des riches, et défendent à présent leurs propres intérêts et ceux de leur clientèle – sous couvert d’excellence scolaire ou médicale ! En même temps que l’Église catholique se proclamait proche des catégories défavorisées, elle a interdit les prêtres ouvriers à la demande expresse des tenants de l’ordre économique et politique établi. Et c’est sous la pression des classes possédantes et des dictatures militaires que cette même Église a étouffé le mouvement des communautés de base issues de la théologie de la libération en Amérique latine.

Les Églises payent aujourd’hui le prix de cette collusion. La post-modernité a fait son deuil des grandes certitudes du passé et de l’autorité qui les véhiculait. Nos contemporains sont plus sensibles aux actes qu’aux discours : le témoignage des engagements concrets au service des hommes leur parlent plus que les vérités doctrinales proclamées du haut des chaires par un clergé peu engagé personnellement et collectivement, voire compromis, et de ce fait marginalisé. Il s’en suit, dramatique mais inéluctable conséquence, que les Églises ne jouissent désormais plus d’une crédibilité suffisante pour prêcher la subversion évangélique des paraboles ou du Magnificat. Que signifie le verset « Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles » lorsque les grands de ce monde et de l’Église le chantent en chœur et en grande pompe à la cathédrale de Paris pour conforter réciproquement leurs positions ?

2.3. Un héritage rituel et doctrinal pétrifié

À l’hypothèque sociopolitique s’ajoute un handicap de nature rituelle et doctrinale. Alors que la pratique religieuse s’effondre et que les croyances traditionnelles sont communément jugées désuètes, non seulement le grand public continue à considérer que les Églises sont avant tout chargées d’organiser des cérémonies et de transmettre ces croyances, mais les Églises elles-mêmes continuent à se conformer à ce modèle. Constat paradoxal : les cultes, on n’y va plus ; les doctrines, on n’y croit plus ; mais on demande que cela continue, et les Églises ne voient pas d’autre avenir pour elles. Mais s’agit-il là de l’essentiel, ou ne faudrait-il pas relativiser certaines formes dépassées du christianisme, centrées sur les rituels et sur une conception obsolète de l’orthodoxie ?

Un détour par le Premier Testament s’avère des plus éclairants. Malgré l'importance du Temple dans le judaïsme ancien, c’est avec véhémence que le culte a été condamné par les prophètes d’Israël quand il prenait le pas sur la justice. « Cessez de m’importuner avec vos offrandes, car – parole de Yahvé – vos sacrifices me répugnent, votre religion me dégoûte, ont répété Amos et Isaïe en des termes à peu près semblables. Je ne supporte plus vos fêtes et vos pèlerinages. Quand vous étendez vos mains pour vos prières, je détourne les yeux et je ne vous écoute pas. Éloignez de moi le brouhaha de vos cantiques et le tintamarre de vos harpes... Ce que je veux, c’est le droit et la justice. »

Les formes des célébrations religieuses ont certes changé depuis lors. Il n’y a plus de sacrifices sanglants, l’odeur écœurante des graisses brûlées est remplacée par celle plus agréable de l’encens, aux harpes s’est substitué l’orgue, les ustensiles et les vêtements liturgiques ont été renouvelés. Mais qui peut dire, compte tenu des grandes similitudes qui subsistent quant au fond, ce que Dieu pense de nos cultes chrétiens, de nos grands-messes et de nos pèlerinages, quand ils confortent directement ou indirectement un ordre social qui écrase les faibles et les pauvres à travers le monde, au su et au vu de nous tous, d’une façon bien plus atroce qu’à l’époque d’Amos et d’Isaïe ?

Il faut rappeler ici que Jésus a complètement omis de mentionner la pratique religieuse quand il a énuméré les critères qui seront retenus pour le Jugement dernier, ne citant que les secours apportés aux affamés, aux prisonniers, aux étrangers. Rien n’indique qu’il ait lui-même offert un seul sacrifice au Temple, mais on sait par contre qu’il a fréquenté des hommes et des femmes rejetés par la religion officielle. Proclamant constamment sa prédilection pour les humbles et les exclus – sans ménager les prêtres, les docteurs de la Loi et les pharisiens qui étaient des pratiquants exemplaires –, il a repris cette citation des prophètes : « C’est la miséricorde que je veux, et non pas les sacrifices », et il n’a pas hésité à affirmer qu’il est « plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux ». Le culte et les doctrines passeront, a dit l’apôtre Paul, l’amour seul demeurera.

Au reste, quelle est l’image de Dieu que les Églises répandent aujourd’hui à travers les cultes ? N’est-ce pas encore trop souvent celle d’un monarque tout-puissant avide de reconnaissance et de gloire, exigeant d’être loué comme les dieux païens ? Ou celle du Dieu des sages et des philosophes, dispensateur de doctrines morales et métaphysiques ? Pourtant, de la genèse à l’apocalypse, le Dieu biblique se révèle comme le libérateur des servitudes religieuses et des idolâtries : l’homme n’est plus l’esclave des dieux, le voile du Temple séparant le sacré du profane s’est déchiré. Ayant pris chair, le Dieu Tout Autre de la Bible s’est révélé comme l’humble parole qui guérit et rend la vie, qui pardonne et relève, qui partage le pain et le vin pour s’incarner dans l’humanité et la rendre divine, qui s’abaisse pour accomplir les miracles humainement impossibles de l’amour face au mensonge et à la haine. Mais, est-ce bien de ce Dieu-là que les chrétiens témoignent dans leurs cérémonies ?

Il ne s’agit pas de renoncer aux célébrations pour transformer les Églises en succursales de l’humanitaire. Mais il faut d’urgence revenir à l’évangile et le mettre en pratique : le service et l’humilité l’emportent sur la puissance et la gloire ; tous les hommes, absolument tous, sont égaux devant Dieu et entre eux ; les ouvriers de la dernière heure seront payés comme ceux de la première ; les publicains et les prostituées devanceront les bien-pensants et les bien-priants dans le Royaume des cieux ; les plus petits seront les plus grands dans ce Royaume où la pierre rejetée servira de pierre d’angle ; et même les ennemis doivent être aimés. Loin de n’être qu’une utopie pour donner à rêver du paradis, l’espérance du Royaume de Dieu vise à changer le monde. D’où cette question, comme en écho à la proclamation paulinienne de l’égalité entre les hommes qui a révolutionné le monde antique : est-il absurde d’imaginer que la foi chrétienne pourrait de nouveau bouleverser la planète si elle faisait aujourd’hui de la justice dans le monde sa pierre de touche ?

3. Pertinence de la subversion évangélique

3.1. Aux côtés des victimes de l’injustice

La société de consommation nous somme de consommer, de festoyer en oubliant que le marché où règne l’abondance recouvre une immense cave remplie d’affamés, de prisonniers, et de cadavres. Un souterrain si sordide qu’il est inconvenant d’en parler – les esprits chagrins devraient savoir, dit-on, « qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, que ça ira mieux demain, et qu’on ne peut rien contre la fatalité ». Mais pour l’évangile, tous les hommes, de quelque civilisation ou religion qu’ils soient, sont pareillement aimés par Dieu, tout de suite et sans condition préalable. Il n’existe ni sous-hommes ni fatalité. Le Christ est présent en tout ce qui est humain, et plus particulièrement dans l’humanité rejetée : il souffre et agonise partout où l’homme souffre et agonise. C’est là où gît l’humanité humiliée et piétinée que s’offre le visage du Dieu qui a gravi le Golgotha.

À la différence de tous les dieux antérieurs, contre notre raison et contre toute raison, le Dieu des chrétiens s’est positionné du côté des victimes. « Scandale pour les juifs et folie pour les païens » – le Dieu crucifié est d’abord solidaire des hommes qui subissent la violence et il ne se tient jamais du côté de l’ordre social qui pratique l’injustice et la brutalité. Il faut en conclure que les haines et les violences engendrées par l’iniquité sont d’abord imputables à ceux qui entretiennent l’iniquité à leur profit, et non pas d’abord à ceux qui la subissent et se révoltent pour cela.

Ce ne sont donc pas seulement les « bons pauvres » qui doivent nous émouvoir, ceux qui sont tels que nous les aimons, reconnaissants de nos bienfaits et méritants. Mais ce sont aussi et surtout les autres, ceux qui sont devenus nos adversaires, voire nos ennemis : la marée montante de ceux qui sont devenus vindicatifs et violents à force de subir l’injustice, la masse menaçante de ceux qui veulent prendre de force les biens que notre société leur fait miroiter sans pudeur tout en les leur refusant. Dans nos banlieues comme sous les tropiques, ces pauvres-là sont eux aussi des frères en humanité. Avant d’être des adversaires, ils sont des victimes qui ont droit à la justice. Prendre toute la mesure de ces vérités évangéliques oblige à combattre l’ordre établi quand ses fondements et ses agissements sont injustes, avant de condamner et de combattre ceux qui s’en prennent à cet ordre qui les méprise et les écrase.

Mais comment appliquer ces exigences sur le terrain ? Il faut dire, ici, qu’il n’existe aucun modèle parfaitement équitable et l’évangile n’apporte pas de solution toute faite et définitive aux problèmes de la planète. Il ne fait que baliser, aujourd’hui comme hier, un sentier de crête permettant d’avancer vers la justice. La voie proposée est à la fois très modeste et d’une exigence infinie : elle préconise dans un même mouvement une radicale conversion personnelle et une participation résolue à l’édification d’une société plus juste et plus fraternelle. Une double démarche qui s’impose en dépit du mal qui, inévitablement présent, ne peut jamais servir d’excuse à l’inaction ou à la démission. Le moindre pas effectué dans la bonne direction contribuera à faire avancer le monde – « Ce que vous aurez fait au plus petit d’entres les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait ».

3.2. Conversion aux valeurs évangéliques

Pour commencer, l’évangile oblige à renoncer à l’égocentrisme et au culte du moi exaltés par le système marchand qui, pour ses propres besoins, presse chacun de se livrer corps et âme à une recherche compulsive de l’épanouissement individuel, du bien-être et du confort à tout prix. Seul le détachement permet d’échapper aux désillusions permanentes de la quête obsessionnelle du bonheur, et à la solitude mortelle qui enferme les individus dans le narcissisme à la mode. La sauvegarde des valeurs humaines passe par la relation et le partage, par le respect réciproque et la solidarité, par le sacrifice pour autrui, et par l’acceptation de la finitude personnelle et commune. Au trop célèbre « Travailler plus pour gagner plus » devrait se substituer « Travailler plus pour partager plus... », une devise qui paraît tout à fait saugrenue aujourd’hui, mais qui a conduit l’humanité durant des millénaires.

Le sermon sur la montagne nous invite à vivre pauvrement et à aimer la vertu de pauvreté. Cela peut paraître désuet dans une société qui culpabilise les pauvres et glorifie les cyniques avides de richesses. Mais la lucidité et la responsabilité nous invitent désormais à promouvoir une éthique valorisant la frugalité et la mesure, au prix d’une réduction drastique de la consommation partout où elle est excessive. Il est urgent de nous libérer de la dépendance où nous nous trouvons par rapport aux productions qui se renouvellent et se multiplient au point de nous engloutir et de détruire notre environnement. Et surtout, il est urgent de nous libérer des pressions qui déterminent notre identité et nos rapports sociaux à partir des besoins du système marchand.

Affirmer que les richesses appartiennent à l’ensemble de l’humanité ne se limite pas à une belle et vaine formule. Chaque fois qu’un être souffre ou meurt parce que d’autres ne respectent pas la part de biens et de vie qui lui revient, il y a non-assistance à personne en danger, violence entraînant la mort. Cela signifie, entre autres, que la propriété privée, ordinairement considérée comme un pilier majeur de l’ordre social, n’a pas le caractère sacro-saint qu’on lui prête et qu’elle ne peut se justifier, comme toute autre richesse, qu’en étant subordonnée au bien commun. Tout ce qui est accumulé en excès à des fins particulières est par conséquent à considérer comme provenant d’une spoliation objective des pauvres, comme enlevé à ceux qui vivent dans le dénuement. La légalité de la propriété n’y change rien.

Que dire de la charité ? Partager ne consiste pas simplement à céder des surplus, mais oblige à mettre en commun ce dont les uns et les autres ont besoin pour vivre ensemble sereinement. Sauf à se payer de mots, une répartition équitable des richesses exige donc une baisse du niveau de vie des catégories privilégiées, et personne ne peut se justifier en arguant qu’il existe plus riche que lui... Le fait de posséder de l’argent n’autorise pas à en faire ce que l’on veut, car l’argent est une affaire de vie et de mort avant d’être la propriété de son possesseur. Dans un pays où l’on considère comme un sport national de se soustraire à l’imposition quand ce n’est pas de frauder, cette considération est volontiers négligée.


 

3.3. Les engagements sociopolitiques

Refuser la dictature de l’argent comme le prescrit l’évangile oblige à s’opposer à la fuite en avant irresponsable du système techno-économique actuel. En donnant la priorité aux profits futurs principalement destinés à des minorités, la course effrénée et sans fin aux performances technologiques méconnaît les besoins vitaux du monde présent, et s’avère excessivement onéreuse au regard des urgences immédiates. Cela concerne tous les domaines – des sciences aux loisirs en passant par le quotidien. Est-il certain que telle ou telle programme de recherche médicale relève plus de besoins réels que des profits financiers qui en sont attendus ? La dernière invention électronique nous est-elle vraiment indispensable ? L’obsession de pouvoir se déplacer de plus en plus vite est-elle défendable au vu de son coût et de ses implications sociales et écologiques ? L’engouement pour le grand tourisme ne mériterait-il pas un examen critique quand les fonds consommés et les dommages collatéraux de cette activité excédent de loin les retombées positives qui peuvent en être escomptées.

Enfin, ces observations mènent à insister sur le caractère incontournable et impératif du combat politique qui doit viser à instaurer plus de justice et de paix dans notre société et dans le monde. Que Jésus et le christianisme naissant ne se soient pas engagés dans cette direction s’explique par leur croyance à l’imminence de la fin des temps, mais cela ne dispense pas d’honorer les prescriptions évangéliques formulées par ailleurs pour servir l’humanité.

Les luttes à entreprendre dans ce domaine ne représentent pas une option facultative, mais un devoir majeur à assumer sans craindre de heurter des forces redoutables, dénuées de scrupules. Ce n’est pas une sinécure de militer pour les droits de l’homme et la justice sociale, contre l’exclusion et la guerre. De tels engagements coûtent toujours du temps et de l’argent, troublent le confort et la tranquillité personnelle et familiale, affectent souvent la réputation et la carrière, et peuvent, dans les cas extrêmes, exiger le sacrifice de la vie (Martin Luther King). « Heureux les pauvres selon l’esprit, car le Royaume des cieux est à eux » : cette béatitude demeure pertinente, plus que jamais. Mais la pauvreté sans la vertu de pauvreté n’est que malheur, tandis que la vertu de pauvreté sans le combat contre l’injustice subie par les pauvres n’est qu’illusion.

Conclusion

L’évangile n’a pas changé, mais pour le vivre aujourd’hui, le christianisme doit opérer une véritable révolution copernicienne. Nous ne pouvons plus croire, avec les Églises, que l’univers tourne autour de notre héritage religieux, de nos dogmes et de nos rites comme s’ils incarnaient l’unique et éternelle vérité, que l’univers tourne autour de notre civilisation, de nos droits et de nos intérêts. L’évangile invite à inverser ces perspectives : ce n’est pas notre religion ou notre ordre social qu’il faut sauver en bétonnant les positions établies, c’est l’homme et le Dieu qui s’est livré à l’humanité qu’il faut sauver en ce monde en les accompagnant aux risques et périls de ce chemin.

Jean-Marie Kohler

<www.recherche-plurielle.net>

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Rédigé par jonasalsace

Publié dans #Evangile et Société

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Publié le 30 Octobre 2010

Introduction aux ateliers de la Rencontre annuelle des Groupes Jonas d'Alsace

autour du thème : "Être majeur dans la foi"- Sélestat, le 17 octobre 2010.

 

 

Protestante engagée dans mon Église, mais depuis de longues années très proche de l’Église catholique à laquelle appartient mon mari, je place cette réflexion dans une perspective œcuménique. Malgré leurs différences, les deux confessions sont aujourd'hui confrontées au même dilemme : privilégier les mesures conservatoires pour subsister, ou renoncer à la nostalgie d’un passé révolu pour renaître.

 

Je ne mésestime nullement l’immense témoignage que l’Église universelle a rendu à l’évangile au fil des siècles, en tant qu’institution comme à travers les initiatives individuelles de ses fidèles. Mais il nous faut désormais prendre en compte les critiques de ceux qui regardent l’Église de l’extérieur, et notamment la déception de ceux qui l’ont quittée.

 

Cela nous conduit à réfléchir sur ce que doit être l'Église et sur les raisons qui nous motivent, chacun d’entre nous, à lui demeurer fidèles. Sans doute avons-nous raison de dire : « Je reste dans l’Église et j’y revendique la place qui me revient en tant que croyant en Jésus-Christ », encore faut-il savoir de quoi on parle et ce que cela implique.

 

Pour ma part, je suis convaincue qu’il est possible de vivre une foi libre et responsable dans l’Église. Mais je ne peux pas pour autant éluder cette incontournable et inquiétante question : comment se fait-il qu’un évangile qui proclame la libération ait pu être utilisé comme un vecteur d’infantilisation et d’asservissement ?

 

Notre réflexion s’articulera autour des points suivants. J’évoquerai d’abord la souveraine liberté que donne la foi, puis l’assujettissement qui accompagne trop souvent la religion ; un détour par l’histoire survolera ensuite les flux et reflux des tentatives d’émancipation, et nous verrons pour finir comment vivre l’évangile entre gestion et prophétisme, avec et malgré les institutions ecclésiales.

 

L’offre de libération

 

Les évangiles nous présentent un Jésus avant tout soucieux de libérer les hommes de leurs malheurs, de leur ouvrir un chemin vers leur plénitude humaine. Il chassait les démons pour guérir les aveugles et les paralytiques, relevait les publicains et les prostituées de leur culpabilité pour leur rendre le bonheur d’aimer et d’être aimés, et il invitait chacun et chacune à accéder à la dignité majeure de fils et de fille de Dieu. C’est avec une absolue liberté qu’il agissait ainsi, annonçant un royaume où les derniers seront les premiers, s’opposant sans crainte à un système politico-religieux puissant obnubilé par la Loi, et acceptant finalement d’être mis à mort pour cela. Ce faisant, il n’a pas cherché à fonder une nouvelle religion avec de nouvelles contraintes, pour les substituer à la religion du Temple et du sacerdoce d’Israël.

 

L’apôtre Paul a par la suite insisté sur la majorité spirituelle et la liberté sans restriction accordées à ceux qui vivent en Christ, qui communient au mystère de sa vie, de sa mort et de sa résurrection. Le chrétien est, selon Paul, le plus libre des hommes vis-à-vis de toutes les puissances, qu’elles soient profanes ou religieuses. Si le chrétien vit dans l’amour, il n’est plus soumis à aucun rite, à aucun interdit, à aucune doctrine – qu’il s’agisse de circoncision, d’alimentation, de morale ou de n'importe quelle autre chose. « Aime, et fais ce que tu veux », dira plus tard St Augustin. Cette vision a incontestablement contribué, au cours de deux millénaires de christianisme, à libérer d’innombrables croyants des idolâtries et des servitudes du monde, à leur permettre de vivre debout devant les hommes et devant Dieu. Et telle est aujourd’hui encore la vocation des chrétiens.

 

Un assujettissement tenace

 

Les autorités ecclésiastiques ont cependant toujours eu tendance à exiger des fidèles une attitude de profonde soumission, faisant valoir qu’elles sont chargées par Dieu de définir et d’imposer les croyances et les conduites qui donnent accès au salut. L’obéissance était réputée d’autant plus salutaire qu’elle est sans réserve, et toute révolte était suicidaire, car entraînant un rejet social annonciateur d’un rejet divin. Entre ciel et enfer, l’Église s’est montrée présomptueuse dans ses doctrines et totalitaire dans ses pratiques, sans craindre de livrer ses fidèles à de terribles angoisses. Peur d’un Dieu aussi tatillon que tout-puissant, peur du clergé et des différents détenteurs de l’autorité déléguée par Dieu, peur des autres considérés comme autant d’accusateurs potentiels, peur du péché et du diable tapi dans les moindres recoins. À l’assujettissement commun s’ajoutait, pour les femmes, celui imputé à leur sexe et à leur culpabilité particulière liée à la faute originelle.

 

Cette domination s’est exercée dans quasiment tous les domaines de la vie sociale et personnelle. L’Église a longtemps affirmé qu’il était de son ressort, pour servir la gloire divine et sauver le monde, de faire et de défaire les rois, d’intervenir dans les affaires patrimoniales et familiales, de ponctionner à sa convenance une part de tous les biens, de réglementer la procréation et la vie sexuelle la plus intime de chacun, d’absoudre ou de condamner, et bien entendu de définir d’autorité le culte qui plaît à Dieu et les doctrines officielles prétendues sacrées et intangibles. Rien n’échappait à son emprise. Au plan religieux, elle a doté le sacerdoce d’un statut ontologique qui transcende la condition commune, s’est réservé tous les pouvoirs et s’est accordé quantité de privilèges. Quoique sapée par la sécularisation, cette suprématie ecclésiastique reste vivace dans les têtes de bien des fidèles, surtout parmi les plus pauvres qui sont les moins instruits.

 

Pour résumer les deux premiers points de cette réflexion, je note que Jésus a annoncé la délivrance d’Israël du joug de la Loi, que Paul a étendu la libération en Christ au monde païen, mais que le christianisme primitif porteur de cette liberté est progressivement devenu oppressif. Nous examinerons maintenant comment l’Église avance entre des mouvements contradictoires d’émancipation et de récupération.

 

Émancipation et récupération

 

Les tentatives d’affranchissement ont été nombreuses, mais toutes ont débouché sur des lendemains mitigés. Au XVIème siècle par exemple, la Réforme protestante s’est élevée contre la mise en tutelle des fidèles : elle a proclamé l’absolue prééminence de la grâce divine sur les initiatives humaines, l’autorité des seules Écritures et de la conscience individuelle au détriment de l’autorité de la Tradition et du clergé, le sacerdoce universel des fidèles contre le sacerdoce des prêtres. La religion a été désacralisée, la Bible a été mise à la portée des laïcs grâce à sa traduction en langue vulgaire et à sa diffusion imprimée, et chaque croyant s’est vu reconnaître le droit de l’interpréter selon son inspiration. Le protestantisme n’a pourtant pas tardé, contre les principes qu’il a lui-même promulgués, à réinvestir ses pasteurs d’une autorité semblable au cléricalisme catholique, à échafauder à son tour ses orthodoxies, à resacraliser les temples et certains rituels. Par rapport au fidèle catholique, le protestant peut se prévaloir d’une plus grande liberté, mais elle reste bien en deçà de la formidable libération inaugurée par l’évangile.

 

Dernier avatar de la soif de liberté du côté catholique, l’aggiornamento de Vatican II devait renouveler l’Église, mais la curie se glorifie de son invariabilité séculaire et résiste dans le sillage du passé. « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil », observait déjà l’Ecclésiaste en son temps ! L’histoire montre que la séduction du prestige, des richesses et du pouvoir se traduit toujours par une métamorphose de l’évangile en religion, et que les constructions dogmatiques et moralisatrices qui en résultent sont mises au service de l’ordre profane et religieux établi, au préjudice de la puissance libératrice de l’évangile. Ainsi s’explique que le crucifié du Golgotha soit devenu le Christ-Roi que l’Église a voulu faire régner sur les royaumes de ce monde, que les disciples de l’humble François d’Assise aient fondé la riche et puissante congrégation franciscaine, que les héritiers de Luther aient sacralisé les Écritures jusqu’à y engluer la Parole de Dieu, que ceux de Calvin aient instauré un ordre politico-moral étouffant, que le prophétisme de Jean XXIII ait été ramené dans le droit chemin romain, etc.

 

Que faire dans ces conditions ? L’incessant mouvement de balancier que révèle ce détour par l’histoire est-il aussi désespérant qu’inévitable, ou permet-il d’entrevoir l’étroit et abrupt sentier de crête que trace l’évangile à travers les vicissitudes humaines ?

 

Entre gestion et prophétisme

 

Un penseur protestant du siècle dernier, Jacques Ellul, a proposé une dialectique simple et lumineuse pour appréhender et dépasser les contradictions entre la foi et le monde. Il rappelle d’abord que l’évangile représente la plus radicale des subversions en proclamant le renversement des valeurs sociales les plus communes. Puis il constate que le monde ne peut, en retour, que subvertir l’évangile pour le rendre inoffensif face à son hégémonie, allant jusqu’à associer l’Église à ce travail de perversion en rééditant avec succès les tentations de Jésus dans le désert de Judée. Enfin, pour surmonter cette irréductible opposition, Ellul affirme que le disciple du Christ est appelé à subvertir, au nom de l’évangile, la subversion du christianisme mise en œuvre par le monde. Un combat indéfiniment à reprendre, entre les mêmes exigences évangéliques et les mêmes convoitises humaines, inévitable chemin de croix en même temps qu’anticipation de la résurrection. Il ne s’agit pas de renverser par la force les systèmes profanes ou religieux dominants, mais de changer le monde en convertissant les cœurs et les désirs.

 

Quand nos contemporains, croyants et athées confondus, parlent de l’évangile et se disent interpellés par son message, quels noms avancent-ils ? Sans grande attention pour les Églises officielles, ils citent Albert Schweitzer qui a été un précurseur de l’altermondialisme, Martin Luther King qui a rendu leur dignité aux Noirs américains face à la violence meurtrière des milieux racistes, Helder Camara et Oscar Romero qui ont défendu la cause des pauvres contre le cynisme des possédants en Amérique latine, et, plus près de nous, mère Teresa, l’abbé Pierre ou sœur Emmanuelle qui ont partagé la vie des plus méprisés. Cet évangile-là continue à se réaliser en silence à ras de terre, manifestant sa puissance libératrice face à l’iniquité d’une organisation sociale dépourvue de pitié. C’est principalement là, loin des églises, des temples et des cultes qui s’y pratiquent, que se jouent l’avenir de l’humanité et l’avenir de Dieu dans notre monde. C’est là, au service des hommes les plus vulnérables et à la faveur d’une large solidarité, que le monde attend les chrétiens.

 

Alors, où commence, où s’arrête l’Église ? Ne se réduisant jamais aux institutions qui s'en réclament, elle ne peut vivre qu’à partir d’une source très ancienne et cependant située au cœur des réalités présentes – l’évangile de Jésus-Christ. Plus vaste que le monde, elle rassemble les croyants du passé avec ceux d’aujourd’hui, de toutes les confessions ou dépourvus de confession parfois. En s’incarnant, cette Église s’est métissée avec mille cultures, et les valeurs christiques qui l’inspirent débordent la religion chrétienne jusqu’aux autres croyances et jusqu’à l’athéisme même. Autant dire que rien ne peut la contenir : ni les murs des églises ou des temples, ni quelque structure ecclésiastique que ce soit. Est-ce à dire que les formes historiques des institutions ecclésiales importent peu puisque l'Église dépasse toute organisation humaine, et qu’il n’y a donc pas lieu de s’en préoccuper ? De fait, toutes ces institutions sont limitées et relatives, et il ne faut en absolutiser aucune en l’identifiant indûment au Royaume de Dieu. Mais il est pareillement vrai qu’il faut les apprécier, les entretenir et les rénover au besoin quand c’est possible, comme les maisons qui nous abritent et abriteront nos enfants.

 

En même temps qu’elle a assuré l'expansion géographique de l’Église, la collusion avec l’empire romain scellée sous Constantin a entravé le christianisme dans des stratégies de pouvoir qui n’ont pas cessé d’être reconduites. Mais la subversion de cette liaison perverse permet de dégager le visage évangélique de l’Église de sa gangue humaine.

 

L’évangile avec et malgré les Églises

 

Comme le monde, l’Église est forcément tributaire de langages et de cadres institutionnels. La plus sublime poésie a besoin de mots pour se dire, et l’amour ne porte ses fruits que dans la confiance et la fidélité qui lient les personnes et fondent les communautés. Dieu lui-même ne peut proposer sa Parole aux hommes qu’à travers des messages et des alliances qui s’inscrivent dans la relativité de l’histoire. Aussi l’Église est-elle un lieu où règne l’ambiguïté humaine en même temps qu’y souffle l’Esprit. Quitte à se rebeller parfois, le croyant est invité à accepter cet environnement pour s’y épanouir et pour le transformer, pour témoigner d’un au-delà des inévitables structures et idéologies, et pour instaurer les prémisses de cet au-delà. Le Royaume espéré est déjà là dans les cœurs qui le font advenir, mais il ne sera jamais là objectivement, sous quelque forme sociale que ce soit. L’Église est un chemin pour le Royaume, mais elle n’est pas le Royaume, et ce chemin passe par l’échec rédempteur du Golgotha pour elle comme pour chaque croyant.

 

La première condition de la crédibilité des Églises réside, quelle que soit la confession, dans leur retour à l’évangile, au plus près des espérances et des drames de notre temps. Il ne suffit pas de prêcher la fraternité et de secourir quelques démunis, mais il s’impose de rejoindre effectivement les humiliés là où ils se trouvent, qu'ils nous plaisent ou non, pour défendre avec eux leur inaliénable dignité et obtenir justice, sans craindre de contrarier les tenants de l'ordre établi. Une large remise en question de l’héritage reçu s’impose dans cette perspective : quitter le confort des alliances suspectes et les habitudes qui assurent une sécurité trompeuse, renoncer au dogmatisme, au ritualisme et au moralisme, repenser la foi et imaginer des communautés libérées des carcans religieux. Ces changements sont sans commune mesure avec les réformes organisationnelles et cultuelles ou les apports des diverses mouvances traditionalistes en vogue. L’espérance devant s’accompagner de discernement, il importe d’identifier les priorités, de ne pas confondre palliatifs et remèdes, et de se garder de la tendance des Églises à vouloir survivre dans leur périmètre propre au lieu de s’immerger dans l’humanité.

 

Séduisantes pour certains, la fuite en avant charismatique prend facilement une tournure infantilisante, et les revendications liturgiques une tournure régressive. Les mouvements pentecôtistes et autres qui exploitent le « retour du religieux » et la crédulité véhiculés par la misère matérielle, morale et intellectuelle n’offrent que des leurres. Chosifiés et manipulés, la Bible, Jésus et le Saint-Esprit envahissent les consciences et la vie sociale dans une sorte de délire qui ne laisse plus guère de place à la réflexion, à l’autonomie et à la responsabilité personnelles. Quant à la juste et légitime revendication d’égalité des sexes dans le catholicisme, elle risque de renforcer un système religieux périmé si elle ne conteste pas le modèle d’Église ritualiste et dogmatique véhiculé par le cléricalisme. Que pèsent, en fin de compte, les prestations cultuelles et les prérogatives liturgiques au regard des services que l’évangile invite aujourd’hui à rendre aux hommes et à Dieu dans les domaines essentiels dont dépend l’avenir de l’humanité ? Il est évident que le sort des humains comme la gloire de Dieu se jouent fort loin de Rome et de toutes les institutions ecclésiastiques.

 

Tandis que la majorité civile relève d’une décision législative, la majorité spirituelle ne peut être décrétée par aucun droit. Elle dépend d’abord d’une liberté qui, quoique gracieusement donnée, se conquiert au plus intime de soi et solidairement en communauté – prière et combat. Certes, tout peut éventuellement concourir à faire émerger cette majorité : les aménagements de la politique pastorale comme les réformes liturgiques, et encore bien d’autres choses à gérer autrement. Mais seule la conversion du cœur et une audacieuse mise en pratique des valeurs annoncées par les béatitudes et les paraboles de Jésus sont d’une importance cruciale. Au delà du « comment subsister », c’est la « raison d’être de l’Église » qui est en cause, sa vocation prophétique, et la nôtre en tant que chrétiens.

 

Certains me reprocheront peut-être de m’en être tenue à des considérations trop générales, de ne pas avoir présenté quelques bons trucs directement utilisables... Non seulement je ne connais pas de tels trucs dans ce domaine, mais je crois qu’il n’en existe pas qui soient à la hauteur des problèmes rencontrés. C'est en prenant les risques que cela comporte, que la quête d’une foi adulte nous porte à nous engager personnellement et ensemble sur les chemins incertains de la Bonne Nouvelle dans un contexte inédit.

 

Jacqueline Kohler

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Rédigé par jonasalsace

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Publié le 18 Avril 2010

Point de vue paru dans le monde daté du 18/19 Avril 2010
Cinq années pour Benoît XVI, une crise de confiance historique

 

Cet article est consultable sur le site du monde

 

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/04/17/cinq-annees-pour-benoit-xvi-une-crise-de-confiance-historique-par-hans-kung_1335032_3232_1.html

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Rédigé par jonasalsace

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Publié le 1 Avril 2010

Elle fait partie de ces milliers de femmes sans nom de la Bible. Mais elle a bel et bien existé. Deux traditions bibliques se conjuguent, sans s’être concertées, pour mettre en relief le fait que Pierre était marié. Dans un récit paisible, la tradition des évangiles synoptiques présentera la belle-mère de Pierre et dans une diatribe véhémente, la tradition paulinienne fera émerger la femme de Pierre.

 

 

La tradition évangélique : la belle-mère de Pierre

 

Cette tradition trouve ses racines dans la vie concrète de Jésus en l’an 28. Il commence son action en Galilée et s’établit quelques heures à Capharnaüm, la ville de Pierre.

 

Environ quarante ans plus  tard, quand paraît le premier Evangile, celui de Marc, la belle-mère de Pierre apparaît comme la première femme mentionnée dans la tradition évangélique écrite. Dans le récit on passe de la synagogue (sphère religieuse) à la maison  (sphère profane). Dans cette maison, cinq hommes sont debout, dont Jésus. Une femme fiévreuse, la belle-mère de Pierre, est couchée. Jésus la relève. Elle se met au service des visiteurs.

 

Et aussitôt sortant de la synagogue, ils allèrent dans la maison de Simon (Pierre) et d’André, avec Jacques et Jean. La belle-mère de Simon était couchée, fiévreuse, et aussitôt ils parlent d’elle à Jésus. Il s’approcha, la fit se lever, en lui prenant la main. La fièvre la quitta. Et elle les servait (Mc 1, 29-31).

 

Le fait que Pierre ait une belle-mère était dans l’ordre naturel des choses. Cela le restera dans la suite. Marc le rappelle dans les années 70. Dans les vingt années suivantes, Luc 4, 38-39 et Matthieu 8, 14-15 reprendront le texte de Marc en le situant dans leur projet, mais sans remettre en cause la mention de la belle-mère de Pierre. Il était tout à fait normal qu’un apôtre, même le premier d’entre eux, fût marié.

 

 

La tradition paulinienne : une épouse chrétienne

 

 

Paul n’a pas connu Jésus de Nazareth. Il n’a pas été témoin de son attitude ouverte et révolutionnaire vis-à-vis des femmes… Les lettres de Paul ne font mention que de trois événements concernant le « Jésus de l’histoire ».

  1. Sa naissance est exprimée en quelques mots : « Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la loi » (Ga 4,4)
  2. Sa mort rappelée à plusieurs reprises par la mention de la croix, notamment en Philippiens 2,8 : « Il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ! »
  3. Enfin, le souvenir du dernier repas de Jésus transmis à Paul par la pratique chrétienne (1 Co 11, 23-27).

 

 

Mais Paul a connu Pierre. Dans ses épîtres, il le désigne d’habitude (sept fois) par son nom hébreu « Céphas » (le rocher). Deux fois il l’appelle « Pierre ». Ceci quand il évoque la double mission qui leur est confiée : « Celui qui avait agi en Pierre pour faire de lui un apôtre des Circoncis, avait pareillement agi en  moi en faveur des Nations » (Ga, 2, 7-8). Si Paul reconnaît en Céphas une des colonnes (de l’Eglise ?) (Ga 2,9), il n’hésite pas à le vilipender « devant tout le monde » quand il ne « marche pas droit » (Ga 11, 14).

 

 

 

La diatribe paulinienne : la femme de Céphas

 

Environ quinze ans avant la rédaction de l’évangile de Marc (2), dans sa première lettre aux Corinthiens (3), Paul, piqué au vif par ses détracteurs, défend sa manière de vivre et celle de ses compagnons. Il écrit entre autres :

 

Ma réponse la voici : « N’avons-nous pas le droit de manger et de boire ? N’avons-nous pas le droit d’emmener une femme sœur, comme les autres apôtres et les frères de Seigneur et Céphas ? » (1 Co 9, 4-5)

 

L’expression grecque adelphen gunaïka  signifie « une soeur femme », c’est-à-dire une épouse chrétienne (4).

 

L’énervement de Paul face à ses détracteurs confirme donc la tradition évangélique selon laquelle Pierre était marié. Bien plus, il la complète en parlant de son épouse et en la présentant comme prenant part à ses voyages missionnaires. Merci Paul ! Ce fut aussi le cas pour d’autres apôtres, les frères du Seigneur, pour Aquila et Priscille (Rm 16, 3 ; 1 Co 16, 19 ; 2 Tm 4, 19), et peut-être aussi pour Andronicus et Junie qualifiées d’apôtres en Romains 16, 7.

 

 

Questions

 

 

Cette conjugaison étonnante entre la tradition synoptique et la tradition paulinienne est-elle un hasard ? Est-elle un « sourire » de l’Esprit ? Pourquoi pas les deux ? En tous les cas on ne peut pas les gommer.

 

Une suggestion pour ceux qui aujourd’hui s’évertuent à faire revivre les anciennes traditions…

 

Remettez en honneur le pèlerinage à sainte Pétronille, regardée comme la fille de saint Pierre (5) et vénérée au Moyen Âge à Avolsheim, près du Dompeter. Il paraît qu’elle est très efficace contre la fièvre… Malheureusement, le cardinal Constantin de Rohan a supprimé ce pèlerinage au 18ème siècle et le sarcophage supposé de Pétronille a été détruit pendant la guerre de 1870.

 

Pourquoi ne pas faire revivre cette ancienne tradition ? Pour l’inauguration on inviterait Benoît XVI. Il pourrait ainsi honorer son 265ème prédécesseur, sa belle-mère, son épouse et sa fille Pétronille.

 

 

Albert Hari

 

                                                

(1) Bien entendu Pierre ne se considérait pas comme le premier « pape ». Le mot originaire du grec papas, signifiant « papa » sera d’abord employé à l’égard des évêques (3ème siècle), spécialement (6ème siècle) puis exclusivement (9ème siècle) à l’égard de l’évêque de Rome (cf. Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française). Mais l’insistance des pontifes romains de s’affirmer comme successeur de Pierre et de faire de lui le premier de leur lignée risque de fausser la réalité de la vie du pêcheur de Galilée. D’où les guillemets du titre de cet article.

(2) Cet évangile a probablement été rédigé vers l’année 70.

(3) Cette lettre peut être datée de l’année 54.

(4) Traduction : Bible de Jérusalem « une épouse croyante», lit « une sœur comme femme ». Traduction œcuménique de la Bible : « une femme chrétienne ». Osty : « une femme-sœur ». Crampon (1938) : « une sœur ».

(5) D’après la passion des saints Nérée et Achille. La tombe de Pétronille se trouvait dans la basilique dédiée à ces deux saints (fin du 4ème siècle).

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Rédigé par jonasalsace

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Publié le 1 Avril 2010

Le 11 juillet 2009, en l’église Saint-Thomas, eut lieu la première ordination presbytérale d’une femme dans l’histoire presque bimillénaire de la présence chrétienne dans la ville de Strasbourg. Christine Louise Bloomfield a été ordonnée prêtre selon le rite de l’Eglise anglicane en présence de Mgr Richard Garrard évêque pour l’Europe de cette Eglise, entouré du collège presbytéral présent en France.

 

 

La nouvelle ordonnée réside dans la région strasbourgeoise et est membre de la paroisse Saint-Alban du diocèse d’Europe de l’Eglise d’Angleterre. Diacre depuis juillet 2008, elle assistera désormais le responsable (priest in charge) de cette paroisse à Strasbourg et présidera l’eucharistie que la communauté célèbre chaque dimanche dans l’église des dominicains du boulevard de la Victoire. 

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