femmes

Publié le 12 Décembre 2010

Les racines

 

Au premier siècle, les Juifs attendaient un libérateur, un Messie (en grec : un Christ), quelqu’un qui a reçu l’onction royale de la part de Dieu, comme David. Pendant sa vie publique (entre l’an 28 et 30), Jésus sera parfois acclamé comme « Fils de David ». Dans les années 80, l’évangile de Matthieu s’adresse surtout à des chrétiens venus du judaïsme. Il s’agit de leur montrer que Jésus est bien enraciné dans leur peuple. C’est pourquoi cet évangile commence par la généalogie juive de Jésus (Mt 1,1). Il s’agit d’une généalogie masculine. Elle mentionne 41 noms d’hommes. Mais, contrairement aux habitudes, elle ajoute cinq femmes. Qui sont-elles ? Tamar est une Cananéenne, la belle fille de Juda (un des patriarches), puis la mère de ses fils (1). Rahab est une prostituée de Jéricho, modèle de la foi (2). Ruth est une étrangère qui épousa Booz et devint la grand-mère de David (3). La femme d’Urie (dont le nom n’est pas donné) est Bethsabée, prise par David à Urie et mère de Salomon (4) ; et Marie (5) l’épouse de Joseph « de laquelle naquit Jésus ». Au départ toutes ces femmes se trouvent dans une situation « hors normes » en Israël : étrangères, prostituées, adultères, suspectées de relations illicites. Toutes sont réhabilitées. Cette réhabilitation est une invitation au lecteur à changer de regard. Grâce à la présence de Tamar, de Rahab et de Ruth, cette généalogie judéo-juive s’ouvre largement aux nations.

 

Le texte


Généalogie de Jésus Christ (Messie), fils de David, fils d’Abraham… (v. 1) (seuls les versets concernant les femmes sont maintenant cités)

Juda engendra Pharès et Zara de Tamar (v.2)…

Salmon engendra Boos, de Rahab Booz engendra Jobed de Ruth (v. 5)

David engendra Salomon de la femme d’Urie (v. 6)

Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie de laquelle naquit Jésus que l’on appelle Christ (v. 16)

(Matthieu 1, 1-16).

 

Aujourd’hui


Ce texte proposé par la liturgie de Noël (6) peut être une invitation à nous demander ce que signifie pour nous aujourd’hui cette ouverture aux Nations voulue par Matthieu et à renouveler notre regard sur toutes celles, et ceux, qui semblent hors normes et sont méprisés.

 

 

Traduit et commenté par Albert Hari

(1) L’histoires de Tamar, absente des lectures liturgiques, figure en Genèse 38.

(2) Voir Josué 2, 1-24.

(3) Voir le livre de Ruth

(4) Voir 2 Samuel 11-12.

(5) Voir Matthieu 1, 19.

(6) Messe du 24 décembre au soir.

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Rédigé par jonasalsace

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Publié le 5 Décembre 2010

Lors de sa canonisation en 1998, certains - les avocats du diable - affirmaient qu'Edith Stein (1891-1942) avait été favorable à l'ordination presbytérale des femmes. Qu'en a-t-il été en réalité ? La réponse se trouve dans un de ses ouvrages publié en 1931 : Vocation de l'homme et de la femme selon l'ordre de la grâce et de la nature.

 

Jésus et les femmes

 

Dans une démarche d'exégète et de théologienne, Edith Stein cherche à connaître les relations que Jésus entretenait avec les femmes. Elle écrit :

 

Abordons maintenant la question difficile et controversée du sacerdoce féminin. Si nous considérons le comportement de notre Seigneur sur ce point, nous voyons qu'il a agréé le service de charité librement offert qu'accomplissaient des femmes pour lui et les siens, qu'il y avait des femmes parmi ses disciples et ses plus proches intimes - mais il ne leur a jamais octroyé le sacerdoce, pas même à sa mère, la reine des apôtres, qui surpassait toute l'humanité en perfection et en plénitude de grâce.

 

Dans ce texte Edith Stein constate que Jésus reconnaissait aux femmes un ministère, celui de la diaconie. Elle relève aussi que le ministère sacerdotal - tel qu'il est défini par la théologique catholique traditionnelle - ne leur a pas été octroyé par Jésus. Aux hommes non plus.

 

L'ordination diaconale dans l'Eglise primitive

 

L'Eglise primitive connaît une activité caritative multiforme des femmes au sein des communautés, une grande influence apostolique des femmes qui confessent la foi et des martyres. Elle connaît la virginité consacrée et aussi un service ecclésial ordonné, le diaconat féminin, avec sa propre ordination diaconale, mais elle n'a jamais introduit le sacerdoce de la femme [E.S.]

 

Dans l'Eglise primitive, la diaconie - féminine et masculine - est officiellement instituée et reconnue par une ordination.

 

La régression médiévale

 

Dans le développement ultérieur de l'histoire, les femmes ont été écartées de ces services et il s'est produit un déclin progressif de leur position dans le droit ecclésial, sous l'influence, à ce qu'il semble, de représentations issues de l'Ancien Testament et du droit romain [E.S.]

 

A l'époque médiévale, les femmes furent écartées du diaconat. Pour justifier cette discrimination on rejetait le caractère progressif de la révélation en subsistant à son accomplissement en Christ (et dans les évangiles) des références à des états antérieurs qui ne sont, en fait, que des étapes dans son parachèvement chronologique.

 

Vers une nouvelle ministérialité ordonnée

 

L'époque moderne montre un changement avec un besoin fort d'investir les forces féminines dans le travail caritatif de l'Eglise et l'aide spirituelle. Du côté féminin se déploient des efforts pour redonner à cette activité le caractère d'un service ecclésial ordonné et il se peut bien que ce désir soit un jour entendu. Serait-ce un premier pas sur un chemin qui aboutirait finalement au sacerdoce féminin, c'est toute la question. Au plan du dogme, rien ne me semble interdire que l'Eglise introduise une nouveauté aussi inédite [E.S.]

 

Pour Edith Stein la restauration du diaconat féminin pourrait être une étape vers l'admission des femmes au ministère presbytéral ordonné. Ses intuitions fondamentales, servies par un raisonnement bibliquement argumenté, sont toujours d'actualité.

 

Edith  Stein  est arrivée  à la  conclusion que la ministérialité dans - et en dehors de - l'Eglise revêt le caractère d'un service de la personne et non celui d'une médiation entre le divin et. l'humain, entre le sacré et le profane.

 

Critique de la tradition

 

Est-ce à recommander en pratique ? Il y a bien des arguments pour et contre. Contre, il y a toute la tradition, des origines à nos jours. Et surtout, selon moi, le fait mystérieux que je soulignais déjà plus haut : Christ vint sur terre en fils de l'homme ; la première créature sur terre qui fut façonnée en un sens éminent à l'image de Dieu fut un homme. Cela me paraît indiquer qu'il désirait introniser comme ses représentants ministériels sur terre seulement des hommes [E.S.]

 

Edith Stein met l'accent sur la confusion, particulièrement dans la langue française, entre deux sens donnés au mot homme. L'homme est aussi bien un membre de l'espèce humaine  qu'une personne de sexe masculin. En allemand, on distingue bien le premier (Mensch) du second (Mann, opposé à  Frau). Gott ist Mensch geworden. Homo factus est (homo et non vir, opposé à mulier). Dans l'Evangile, Christ a pris corps en notre humanité.

 

Pareillement Dieu n'a pas créé avec Adam un être humain de sexe masculin, mais le premier représentant de l'espèce humaine afin, précisément, de rendre impossible toute discrimination future en fonction du sexe. Une volonté divine que l'Eglise romaine n'est toujours pas prête à faire sienne.

 

La vocation des baptisé(e)s

 

Mais il y avait une femme qui lui était le plus unie que tous les autres êtres sur la terre qui avait été créée à son image bien davantage qu'aucun autre être humain avant ou après elle. Il lui a donné pour l'éternité une place unique dans l'Eglise ; ainsi a-t-il appelé de tous temps des femmes à lui être unies d'une manière très profonde, comme messagères de son amour, comme porte-parole de sa volonté auprès des rois et des papes, comme préparatrices de l'avènement de son Règne dans le cœur des hommes. Il ne saurait y avoir une plus haute vocation que celle de sponsa Christi, d'épouse du Christ, et quiconque voit ce chemin s'ouvrir n'en désirera aucun autre.

 

Appartenir à Dieu dans un don de soi libre et amoureux, ce n'est pas seulement la vocation  de quelques élus, mais de toute chrétien, consacré ou non, homme ou femme, chacun est appelé à suivre le Christ [E.S.]

 

Edith Stein considère que suivre le Christ est la vocation de tout baptisé et non seulement de quelques personnes consacrées. Elle distingue clairement la vocation - un appel adressé par Dieu à chaque chrétien - et le ministère - un appel adressé par des hommes à d'autres hommes (et femmes) à s'engager dans des fonctions au service des personnes et des communautés ecclésiales.

 

 

 

 

Plusieurs décennies avant Vatican II, Edith Stein esquisse des perspectives pour une réforme de l'Eglise catholique par un retour à la Parole de Dieu comme source de toute réflexion théologique en général et ecclésiologique en particulier. Soixante-dix ans après sa mort, cette réforme en est encore à ses balbutiements.

 

Aujourd'hui, elle parlerait, peut-être, même d'une nouvelle régression. Une évolution qu'il nous appartient de contrecarrer non seulement comme porte-parole auprès des papes, mais aussi comme messagères et messagers de Son amour...

 

J.P.Blatz

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Publié le 8 Novembre 2010

R.E. Brown, exégète spécialiste du Quatrième  Evangile, aujourd’hui décédé conclut son ouvrage « La communauté du disciple bien-aimé » par un chapitre sur le rôle des femmes au sein de la communauté johannique. En écrivant ce chapitre son objectif est d’apporter sa contribution au débat sur le rôle des femmes dans l’Eglise. Il écrit « J’ai choisi le Quatrième Evangile à cause du net correctif que l’évangéliste apporte à quelques attitudes ecclésiastiques de son temps – une voix que nous devrions écouter et sur laquelle il faudrait réfléchir quand nous discutons de nouvelles fonctions pour les femmes dans l’Eglise d’aujourd’hui ».

 

Après avoir rappelé que le Quatrième Evangile ne renseigne pas beaucoup sur les offices ecclésiastiques, il note cependant qu’en Jn 12,2 il est dit que Marthe servait à table et fait un parallèle avec l’office de diakonos qui existait dans les Eglises post-pauliniennes.

 

Il montre ensuite en prenant  trois exemples  - la Samaritaine, Marie-Madeleine, Marthe et Marie dans l’épisode de la résurrection de Lazare – et en comparant certaines paroles et certaines actions  avec les Evangiles synoptiques que les femmes dans le Quatrième Evangile ont un rôle proche de celui des apôtres.

 

Dans le chapitre 4 qui relate la rencontre de Jésus  avec la Samaritaine   les villageois croient « à cause de la parole de la femme ». R. E. Brown souligne que cette expression est significative parce qu'elle se rencontre à nouveau dans la prière « sacerdotale » (Jn 17)  de Jésus pour ses disciples : « Ce n'est pas pour ceux-ci seulement que je prie, mais pour ceux-là aussi qui grâce à leur parole croient en moi ». En d'autres termes, l'évangéliste peut décrire à la fois une femme et les disciples (présumés être des hommes) à la dernière Cène, comme rendant témoignage à Jésus par la prédication et amenant ainsi les gens à croire en lui.

 

Avant de commencer l’étude du chapitre 20, R.E. Brown rappelle que dans l'esprit de Paul, les deux conditions essentielles à l'apostolat étaient d'avoir vu Jésus ressuscité et d'avoir été envoyé pour le proclamer et il souligne qu’une clé pour comprendre l'im­portance donnée à l'apostolat de Pierre nous est donnée par la tradition qui le reconnaît comme le premier à avoir vu Jésus ressuscité (1 Co 15,5; Lc 24,34). 

Ensuite il montre que plus qu'aucun autre évangéliste, Jean révise cette tradition concernant Pierre. En Jean 20,2-10, Simon Pierre et le disciple bien-aimé vont au tombeau vide, mais ne voient pas Jésus; en fait, seul le disciple bien-aimé perçoit le sens des linges laissés là et en vient à croire. Et c'est à une femme, Marie­-Madeleine, que Jésus apparaît d'abord, lui enjoignant d'aller annoncer à ses « frères » (les disciples, selon 20,17-18) qu'il monte vers le Père. Certes, ce n'est pas là une mission destinée au monde entier; mais Marie-Madeleine n'est pas loin de vérifier les conditions de base exigées selon Paul pour être apôtre; et c'est elle, et non Pierre, qui est la première à voir Jésus ressuscité. Le titre « d'apôtre des Apôtres » lui fut attribué.

 

La profession de foi de Marthe dans l’épisode de la résurrection de Lazare peut être comparée à celle de Pierre. L'épisode le plus célèbre où Pierre durant le ministère de Jésus affirme sa foi se déroule à Césarée ; il proclame « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » (Mt 16,16). Le parallèle le plus proche de cette confes­sion se trouve dans le quatrième évangile en Jean 11,27 : « Tu es le Christ, le Fils de Dieu  », et cela sur les lèvres d'une femme, Marthe, soeur de Marie et de Lazare. Et cette confes­sion vient dans le contexte d'une plus grande révélation de Jésus à Marthe : c'est à une femme qu'est révélé le mystère de Jésus comme la Résurrection et la Vie! Si d'autres commu­nautés chrétiennes se représentaient ainsi Pierre comme celui qui, en une suprême confession, reconnut Jésus comme le Fils de Dieu, et auquel en premier lieu apparut Jésus ressuscité, la communauté johannique a associé de tels souvenirs à des héroïnes comme Marthe et Marie-Madeleine.

 

Pour R.E. Brown, Jean dépeint Simon Pierre comme l'un seulement des héros et héroïnes, suggérant ainsi que l'autorité ecclésiastique n'est pas le seul critère pour juger de l'importance relative de ceux qui suivent Jésus.  Il note ensuite que pour Jean la qualité de disciple est la catégorie principale, et qu'il comptait des femmes comme disciples de choix, quand il nous disait que Jésus aimait Marthe et Marie, et que Marie-Madeleine était l'une de « ses propres » brebis qu'il appelait par leur nom.

 

R.E. Brown conclut son livre ainsi :  « En recherchant le témoignage du quatrième évangile, on est encore surpris de voir dans quelle mesure hommes et femmes étaient déjà, dans la communauté johannique, sur un pied d'égalité dans le troupeau du Bon Pasteur. Elle semble avoir été une commu­nauté où, dans les affaires qui intéressaient réellement les disciples du Christ, il n'y avait aucune différence entre hommes et femmes - un rêve de Paul (Ga 3,28) qui n'était pas complètement réalisé dans ses communautés. Mais Jean lui-même nous a laissé une curieuse note d'incomplétude : les disciples, surpris de l'ouverture de Jésus avec une femme, n'osaient pas encore lui demander : « Qu'attends-tu d'une femme? » (Jn 4,27). Le temps ne serait-il pas venu dans l'Église du Christ de poser une telle question? »

 

 

 

A partir du livre : La communauté du disciple bien-aimé, R.E.Brown, Cerf, Paris 2002.

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Publié le 1 Avril 2010

Elle fait partie de ces milliers de femmes sans nom de la Bible. Mais elle a bel et bien existé. Deux traditions bibliques se conjuguent, sans s’être concertées, pour mettre en relief le fait que Pierre était marié. Dans un récit paisible, la tradition des évangiles synoptiques présentera la belle-mère de Pierre et dans une diatribe véhémente, la tradition paulinienne fera émerger la femme de Pierre.

 

 

La tradition évangélique : la belle-mère de Pierre

 

Cette tradition trouve ses racines dans la vie concrète de Jésus en l’an 28. Il commence son action en Galilée et s’établit quelques heures à Capharnaüm, la ville de Pierre.

 

Environ quarante ans plus  tard, quand paraît le premier Evangile, celui de Marc, la belle-mère de Pierre apparaît comme la première femme mentionnée dans la tradition évangélique écrite. Dans le récit on passe de la synagogue (sphère religieuse) à la maison  (sphère profane). Dans cette maison, cinq hommes sont debout, dont Jésus. Une femme fiévreuse, la belle-mère de Pierre, est couchée. Jésus la relève. Elle se met au service des visiteurs.

 

Et aussitôt sortant de la synagogue, ils allèrent dans la maison de Simon (Pierre) et d’André, avec Jacques et Jean. La belle-mère de Simon était couchée, fiévreuse, et aussitôt ils parlent d’elle à Jésus. Il s’approcha, la fit se lever, en lui prenant la main. La fièvre la quitta. Et elle les servait (Mc 1, 29-31).

 

Le fait que Pierre ait une belle-mère était dans l’ordre naturel des choses. Cela le restera dans la suite. Marc le rappelle dans les années 70. Dans les vingt années suivantes, Luc 4, 38-39 et Matthieu 8, 14-15 reprendront le texte de Marc en le situant dans leur projet, mais sans remettre en cause la mention de la belle-mère de Pierre. Il était tout à fait normal qu’un apôtre, même le premier d’entre eux, fût marié.

 

 

La tradition paulinienne : une épouse chrétienne

 

 

Paul n’a pas connu Jésus de Nazareth. Il n’a pas été témoin de son attitude ouverte et révolutionnaire vis-à-vis des femmes… Les lettres de Paul ne font mention que de trois événements concernant le « Jésus de l’histoire ».

  1. Sa naissance est exprimée en quelques mots : « Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la loi » (Ga 4,4)
  2. Sa mort rappelée à plusieurs reprises par la mention de la croix, notamment en Philippiens 2,8 : « Il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ! »
  3. Enfin, le souvenir du dernier repas de Jésus transmis à Paul par la pratique chrétienne (1 Co 11, 23-27).

 

 

Mais Paul a connu Pierre. Dans ses épîtres, il le désigne d’habitude (sept fois) par son nom hébreu « Céphas » (le rocher). Deux fois il l’appelle « Pierre ». Ceci quand il évoque la double mission qui leur est confiée : « Celui qui avait agi en Pierre pour faire de lui un apôtre des Circoncis, avait pareillement agi en  moi en faveur des Nations » (Ga, 2, 7-8). Si Paul reconnaît en Céphas une des colonnes (de l’Eglise ?) (Ga 2,9), il n’hésite pas à le vilipender « devant tout le monde » quand il ne « marche pas droit » (Ga 11, 14).

 

 

 

La diatribe paulinienne : la femme de Céphas

 

Environ quinze ans avant la rédaction de l’évangile de Marc (2), dans sa première lettre aux Corinthiens (3), Paul, piqué au vif par ses détracteurs, défend sa manière de vivre et celle de ses compagnons. Il écrit entre autres :

 

Ma réponse la voici : « N’avons-nous pas le droit de manger et de boire ? N’avons-nous pas le droit d’emmener une femme sœur, comme les autres apôtres et les frères de Seigneur et Céphas ? » (1 Co 9, 4-5)

 

L’expression grecque adelphen gunaïka  signifie « une soeur femme », c’est-à-dire une épouse chrétienne (4).

 

L’énervement de Paul face à ses détracteurs confirme donc la tradition évangélique selon laquelle Pierre était marié. Bien plus, il la complète en parlant de son épouse et en la présentant comme prenant part à ses voyages missionnaires. Merci Paul ! Ce fut aussi le cas pour d’autres apôtres, les frères du Seigneur, pour Aquila et Priscille (Rm 16, 3 ; 1 Co 16, 19 ; 2 Tm 4, 19), et peut-être aussi pour Andronicus et Junie qualifiées d’apôtres en Romains 16, 7.

 

 

Questions

 

 

Cette conjugaison étonnante entre la tradition synoptique et la tradition paulinienne est-elle un hasard ? Est-elle un « sourire » de l’Esprit ? Pourquoi pas les deux ? En tous les cas on ne peut pas les gommer.

 

Une suggestion pour ceux qui aujourd’hui s’évertuent à faire revivre les anciennes traditions…

 

Remettez en honneur le pèlerinage à sainte Pétronille, regardée comme la fille de saint Pierre (5) et vénérée au Moyen Âge à Avolsheim, près du Dompeter. Il paraît qu’elle est très efficace contre la fièvre… Malheureusement, le cardinal Constantin de Rohan a supprimé ce pèlerinage au 18ème siècle et le sarcophage supposé de Pétronille a été détruit pendant la guerre de 1870.

 

Pourquoi ne pas faire revivre cette ancienne tradition ? Pour l’inauguration on inviterait Benoît XVI. Il pourrait ainsi honorer son 265ème prédécesseur, sa belle-mère, son épouse et sa fille Pétronille.

 

 

Albert Hari

 

                                                

(1) Bien entendu Pierre ne se considérait pas comme le premier « pape ». Le mot originaire du grec papas, signifiant « papa » sera d’abord employé à l’égard des évêques (3ème siècle), spécialement (6ème siècle) puis exclusivement (9ème siècle) à l’égard de l’évêque de Rome (cf. Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française). Mais l’insistance des pontifes romains de s’affirmer comme successeur de Pierre et de faire de lui le premier de leur lignée risque de fausser la réalité de la vie du pêcheur de Galilée. D’où les guillemets du titre de cet article.

(2) Cet évangile a probablement été rédigé vers l’année 70.

(3) Cette lettre peut être datée de l’année 54.

(4) Traduction : Bible de Jérusalem « une épouse croyante», lit « une sœur comme femme ». Traduction œcuménique de la Bible : « une femme chrétienne ». Osty : « une femme-sœur ». Crampon (1938) : « une sœur ».

(5) D’après la passion des saints Nérée et Achille. La tombe de Pétronille se trouvait dans la basilique dédiée à ces deux saints (fin du 4ème siècle).

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Publié le 1 Avril 2010

Le 11 juillet 2009, en l’église Saint-Thomas, eut lieu la première ordination presbytérale d’une femme dans l’histoire presque bimillénaire de la présence chrétienne dans la ville de Strasbourg. Christine Louise Bloomfield a été ordonnée prêtre selon le rite de l’Eglise anglicane en présence de Mgr Richard Garrard évêque pour l’Europe de cette Eglise, entouré du collège presbytéral présent en France.

 

 

La nouvelle ordonnée réside dans la région strasbourgeoise et est membre de la paroisse Saint-Alban du diocèse d’Europe de l’Eglise d’Angleterre. Diacre depuis juillet 2008, elle assistera désormais le responsable (priest in charge) de cette paroisse à Strasbourg et présidera l’eucharistie que la communauté célèbre chaque dimanche dans l’église des dominicains du boulevard de la Victoire. 

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