Publié le 18 Septembre 2020

Dans le diocèse de Strasbourg, qui comprend les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, on compte en moyenne 24 décès de prêtres par an pour une ordination. A hauteur d’homme, le clergé aura quasiment disparu et le cléricalisme, peut-être, aussi. Le séminaire diocésain comprend 6 étudiants pour six années d’études. Les jeunes hommes, les seuls appelés au ministère presbytéral, boudent totalement cette fonction tandis que les femmes s’investissent dans de nouveaux ministères.

Cette situation, nouvelle et inédite en temps de paix, pousse certains clercs à se constituer en force réactionnaire en vue de la reconquête des pouvoirs et des libertés que les laïcs ont acquis depuis le concile Vatican II (1962-1965), en vue de la restauration d’une église catholique hiérarchisée. Simultanément se forment de petites communautés de religieux qui ignorent délibérément le dernier concile œcuménique, organisant pour Lumen gentium un enterrement de première classe. Pour retarder la disparition du clergé, certains évêques leur confient des paroisses et en font des « moines-curés », ce qui n’est pas leur première vocation.

Ainsi l’archevêque de Strasbourg a décidé de confier la paroisse (territoriale et concordataire) Saint-Joseph de Colmar à une de ces nouvelles familles religieuses. Selon Marcel Metzger (1) cette paroisse « est établie dans un quartier de 13 000 habitants. Elle est vivante et elle s’était bien organisée tout au long de son siècle d’existence, avec ses équipes liturgiques et ses mouvements d’apostolat. Elle était entrée avec bonheur, joie et enthousiasme dans la dynamique du Concile Vatican II. Elle avait bien reçu la réforme liturgique et l’avait mise en œuvre ».

Le choix de l’archevêque s’est porté sur les Missionnaires de la Miséricorde Divine, une association publique de fidèles de droit diocésain rattachée au diocèse de Fréjus-Toulon et fondée en 2005. Ses membres se réclament de la spiritualité de sainte Faustine, une religieuse polonaise canonisée par Jean-Paul II et qui a eu des visions du Christ et des âmes du purgatoire. Ils célèbrent la messe dans la forme extraordinaire du rite romain (en latin) et visent à convertir les musulmans.

Les paroissiens de Saint-Joseph (2) furent avertis qu’à partir du 7 juin 2020, l’eucharistie dominicale selon la liturgie du concile (en français) sera remplacée par une messe en latin dite par un Missionnaire. Cependant, ils sont autorisés à célébrer leur office paroissial tôt le matin. L’église devient le siège d’une paroisse personnelle dite de la Croix Glorieuse.

La première messe des tradis eut lieu en présence de l’archevêque en personne qui installa, en même temps, les religieux dans le presbytère. La célébration a commencé par le démontage de l’autel paroissial. D’où une question : Comment des catholiques peuvent-ils refuser de prier autour du même autel que d’autres catholiques ?

Les désaccords entre les tradis et les catholiques colmariens et de l’Alsace en général sont nombreux. Ils portent sur la liturgie, la ministérialité, l’ecclésiologie, le peuple des baptisés, la hiérarchie et la collégialité, la place et les droits des femmes dans l’Eglise, les droits humains, l’option préférentielle pour les pauvres, la liberté religieuse, l’homosexualité, le mariage, les familles, la contraception, le CCFD Terre Solidaire, l’action catholique, le scoutisme, la catéchèse, etc.

De fait, deux conceptions de l’Eglise s’opposent. La place dominante des clercs et l’obéissance imposée aux laïcs qui caractérisent l’Eglise catholique d’avant le concile ont été rejetées depuis cinq décennies par les catholiques du diocèse de Strasbourg.

En Alsace, les ministres du culte (pasteurs et prêtres) sont formés par les deux facultés de théologie de l’université de Strasbourg. Il en est de même des professeurs de religion de l’enseignement secondaire (environ 90) et des laïcs placés en service pastoral, très majoritairement des femmes (environ 270) : coopératrices de la pastorale, animatrices de zones pastorales, animatrices de mouvements d’action catholique, aumônières, professeurs de théologie à l’université… Les cours proposés par les enseignants-chercheurs des facultés de théologie, sur place ou par correspondance, permettent à tous les laïcs qui le souhaitent de recevoir une formation biblique et théologique qui sera particulièrement utile aux membres des équipes d’animation pastorale.  C’est pourquoi, l’Alsace ne manque pas de laïcs capables d’exercer tous les ministères actuels de leur Eglise (célébration, enseignement diaconie). En outre, ils sont salariés par l’Etat français en vertu d’une législation particulière à l’Alsace et à la Moselle. De ce fait, notre diocèse dispose d’un personnel nombreux et qualifié, avantage qu’il partage avec les diocèses voisins d’Allemagne et de Suisse.

Dans le diocèse de Strasbourg, au cours des dernières décennies, la pastorale avait été organisée par les conseils diocésains et les équipes pastorales locales, en accord avec les évêques. Des objectifs avaient été fixés et menés à terme par le tissu communautaire. L’autoritarisme épiscopal et clérical ne fait pas partie de la tradition de l’Eglise qui est en Alsace.

Dans ce contexte, un prêtre formé par des répétiteurs d’une théologie surannée ne peut qu’être mal à l’aise avec des laïcs mieux préparés que lui. D’autant plus que ces mêmes laïcs ont une expérience de parent et de mari ou d’épouse que ne peuvent avoir des prêtres célibataires.  En outre les mouvements tradis et conservateurs commencent à avoir une mauvaise réputation depuis que certains de leurs fondateurs sont accusés de divers abus envers leurs dirigés spirituels.

L’Eglise qui est en Alsace n’a rien à gagner avec l’arrivée de clercs venus en conquérant et semant la zizanie dans les paroisses, comme ces « missionnaires » imposant la « miséricorde divine » par un coup de force. Si les laïcs tolèrent ce comportement, d’autres paroisses seront proposées à ce type de clercs. L’archevêque de Strasbourg vante déjà les mérites des membres du Chemin néocatéchuménal, du Chemin Neuf, de la Communauté de Saint-Martin et de quelques autres groupes…

Un archevêque qui vit et agit en marge d’un diocèse devient rapidement un pasteur sans troupeau. Pendant ce temps des chrétiens sont conscients des responsabilités qui leur incombent en vertu de leur baptême. Ils choisissent de vivre une double fidélité. Fidélité à Jésus ressuscité qui est le Chemin, la Vérité et la Vie et fidélité à l’homme en s’engageant, avec des personnes de religions et de convictions différentes, à rendre le monde plus humain et pus fraternel.

Jean-Paul Blatz

(1) Une approche plus complète de la situation dans la paroisse Saint-Joseph de Colmar figure dans Golias Hebdo, n° 630, 25 juin - 2 juillet 2030, p. 16-17. Intitulé :Alsace : une paroisse livrée à une société de prêtres tradis, l’article est signé par Marcel Metzger, professeur émérite à la Faculté de Théologie catholique de Strasbourg.  

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Rédigé par jonasalsace

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Publié le 11 Septembre 2020

L’article publié ce 6 juin dans les DNA et l’Alsace relève la décision autoritaire et unilatérale de l’archevêque de Strasbourg d’accueillir la Communauté de la Croix Glorieuse au sein de la paroisse St Joseph de Colmar. Et ce, contre l’avis des paroissiens qui font communauté autour de ce lieu, y célèbrent l’Eucharistie dans la tradition de l’Eglise, celle qui s’inscrit dans l’Histoire et dont les options du dernier Concile Vatican II font autorité pour l’universalité du message de l’Evangile.

Bien au-delà de l’usage du latin pour « dire la messe » il s’agit plus encore de comprendre ce qui est  rendu vivant à travers les célébrations du mystère pascal : l’ Amour inconditionnel de Dieu pour toutes les femmes et tous les hommes du monde d’aujourd’hui.

Pas un rituel répété sous une forme historiquement datée mais une action de grâce vivante, ancrée dans la réalité vécue par les femmes et les hommes de notre temps. Action de grâce nourrie par la Parole et le partage du Pain eucharistique, signe à la fois d’un don originel et d’une solidarité vivante et concrète.

Pas une répétition de formules souvent incompréhensibles pour nos contemporains mais une créativité traversée par les joies, les peines, les souffrances et les heureuses fulgurances de nos contemporains.

Non, la messe n’est pas dite lorsqu’on tourne le dos au Peuple de Dieu.

Non, la messe n’est pas dite lorsqu’on arrête l’histoire comme pour décréter que la mort l’emporte sur la vie.

C’est une erreur théologique et une faute pastorale.

La messe commence lorsqu’elle célèbre les désirs des femmes et des hommes de ce temps, de leurs questions, de leurs espérances, de leur quête de sens. C’est ce que des croyants, rassemblés dans les groupes Jonas, vivent, célèbrent et risquent au grand vent de la liberté joyeuse des enfants de Dieu.

A l’heure où notre terre est frappée par une pandémie mondiale et où les replis frileux s’emparent des esprits face aux peurs inhérentes il est urgent de renouveler notre enracinement dans une Bonne Nouvelle qui exprime sa foi en l’Homme révélé par le Nazaréen. C’est ce vivent humblement bon nombre de croyants.

Toute autre approche réduit l’Homme à n’être que l’objet d’une puissance magique.

Les sagesses qui ont traversé l’histoire cherchent toutes les liens avec une source radicalement aimante qui irrigue la croissance de sujets co-créateurs  de solidarités structurantes de sociétés vivantes, signes de la dimension immanente de nos êtres égaux en dignité et en espérance.

Gérard Pigault

Jonas Strasbourg

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Rédigé par jonasalsace

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Publié le 23 Août 2020

Le juste discernement

 

 

Dans le diocèse de Strasbourg, l’archevêque a demandé que les célébrations mariales du 15 août 2020 soient placées sous le signe de la bioéthique.

Le chanoine Jean-Luc Liénard, vicaire général, a fait parvenir un message aux curés leur proposant une démarche de prière suite au vote d’une loi par la représentation nationale :

«  Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France, a proposé aux évêques diocésains, suite au vote de la loi de bioéthique par l’Assemblée Nationale, une démarche de prière, le 15 août.

Monseigneur Luc Ravel propose aux paroisses et sanctuaires de notre diocèse l’intention de prière que vous trouverez en document joint [ci-dessous].

Elle trouvera sa place à la messe, à la procession ou dans une autre démarche proposée lors de la solennité mariale.

L’objet de cette intention est d’aider les fidèles et les communautés qui ont beaucoup prié en vue de la révision des lois de bioéthique de ne pas désespérer et de se disposer à recevoir la grâce de poursuivre la mission reçue du Christ, dans la joie de vivre dans la lumière, sans oublier que le Seigneur est venu ouvrir un chemin de salut ».

 

Seigneur notre Dieu,

par l’intercession de Marie notre Mère,

garde toute ton Église,

baptisés, consacrés et ministres ordonnés,

dans sa mission prophétique :

qu’elle proclame avec douceur et persévérance

la beauté de toute vie humaine,

qu’elle témoigne de ta tendresse envers toute personne

en situation douloureuse,

qu’elle poursuive sans se lasser

sa mission d’éclairer les intelligences et les consciences

pour un juste discernement des techniques

biomédicales offertes à l’ingéniosité humaine.

 

Depuis l’apparition du coronavirus, la France est peuplée de millions d’experts en virologie. Convaincus de la justesse de leur discernement, ils nous expliquent pourquoi il est inutile de porter un masque.

Aujourd’hui, 15 août 2020, des évêques s’affichent experts en bioéthique. Convaincus de la justesse de leur discernement, ils nous demandent de prier « contre » une loi votée par l’Assemblée Nationale. 

Face aux affirmations des uns et des autres, chacun d’entre nous a pu se faire une idée personnelle sur la pandémie provoquée par la Covid 19 et sur la bioéthique en s’informant sur ces questions auprès de spécialistes qui se sont exprimés dans de publications scientifiques.

Par ailleurs, l’alignement à la longue de certains évêques sur des positions idéologiques de l’extrême droite relayées par des catholiques traditionalistes n’augure rien de bon pour l’avenir de l’Eglise qui est France. En outre, l’amertume n’est pas bonne conseillère dans l’annonce de la Bonne Nouvelle.

Le 15août …ou comment Marie a été privée de sa fête…

Dès les premiers siècles de l’Eglise,  on a célébré le 15 août la « dormition » de la Mère du Christ, c’est-à-dire-son endormissement dans la mort sur terre et sa naissance au ciel. Ultérieurement on parlera de l’Assomption de la Vierge.

En France, le roi Louis XIII pour remercier de la naissance annoncée du futur Louis XIV, consacra officiellement le pays à la Vierge Marie en 1638, instituant alors les processions du 15 août qui devint jour de fête royale.

Devenu empereur, Napoléon Bonaparte voulut aussi sa fête nationale qu’il fixa au 15 août, jour anniversaire de sa naissance, en remplacement de la commémoration du vœu de Louis XIII. Le cardinal Caprara, légat pontifical en France, plaça à cette date la fête de Santo Neopolis, martyr du début du 4ème siècle d’où dériverait le prénom Napoleone.. Par décret du 19 février 1806, l’empereur décida que la fête de saint Napoléon sera célébrée dans l’étendue de l’Empire le 15 août de chaque année.  « Il y aura, ledit jour, une procession hors l’église, dans toutes les communes où l'exercice extérieur du culte est autorisé… Il sera prononcé, avant la procession, et par un ministre du culte, un discours analogue à la circonstance, et il sera chanté, immédiatement après la rentrée de la procession, un Te Deum solennel. » Dès la Restauration, cette fête nationale impériale fut supprimée.

Et aujourd’hui ? Est-il indispensable de transformer la plus grande fête de l’année liturgique en  l’honneur de Marie en plate-forme de revendication au service de lobbies qui ne représentent qu’une infime minorité des baptisés ? 

 

 

 

Jean-Paul Blatz

 

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Rédigé par jonasalsace

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